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HABEMUS PAPAM

De Nanni Moretti

Tout commence par un cri. « Qu’il a fallu recommencer vingt fois ! » précise Piccoli, enchanté par ailleurs de jouer le rôle d’un pape. A 85 ans, il s’interroge. Et si c’était son dernier film ?  Tournage « calme et facile », sauf que parfois Moretti le taquinait « allez, fais-moi un cri ! ».

Pour  Moretti en revanche, tout a commencé par un trou noir. Le balcon du Vatican. Deux rideaux pourpres ouverts sur la foule massée à son pied. Au milieu de ce rideau de théâtre, le vide, rien, le Pape ne veut pas se montrer. Juste le cri, un râle de désespoir témoigne de sa présence. C’est une des grandes idées du film. Ce Pape a peur. Il a été élu au bout de beaucoup de tergiversations où les cardinaux comme à l’école épiaient la feuille du voisin pour savoir qui désigner. Le pape de Moretti s’appelle Melville. Une clé serait le livre de Melville, où Bartleby, le personnage central, souffre justement d’un manque de volonté et d’indécision.

Le film nous sert un tableau complet des angoisses contemporaines, pourquoi un Pape, un homme après tout, y échapperait. Nanni Moretti est le psychanalyste, essaie de poser des questions au Pape pour le tirer de sa torpeur et de son non obstiné. Refus catégorique du porte-parole du Vatican : tout se fera en présence des cardinaux et interdiction de poser des questions intimes. Le psychanalyste sans emploi va donc s’occuper des cardinaux en organisant une compétition de volley-ball, un tournoi des continents, où l’Afrique aurait gagné, si ... Mais des événements extérieurs interviennent dans cette ambiance sportive bon enfant, jubilatoire pour le spectateur. Le

lieu du « caprice » papal est déplacé, car le pape s’est échappé. Il profite de l’anonymat, car à part les cardinaux, personne ne connaît son visage. Il prend un bain de foule, visite une église où il n’y a qu’une seule personne qui écoute le prêtre, alors que le Vatican est noir de monde. Une visite au théâtre fait un joli intermède. Le théâtre et les rideaux de scène sont ainsi de retour et nous ramènent au début du film. Encadré de pourpre, le Pape affrontera la foule. Sa sortie sera grandiose, mais le contraire du spectacle attendu. Nanni Moretti dit là quelque chose d’implacable sur la société italienne, le pouvoir du Vatican et le non-sens de la papauté.

Heike Hurst

Extrait de Habemus Papam