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POLISSE
De Maïwenn

Maiwenn, actrice dans son film, incarne une photographe qui suit le travail d’une brigade de police. Cela ressemble à s’y méprendre à l’expérience de Maïwenn, réalisatrice, qui a été acceptée dans une brigade de protection de mineurs pendant quelques semaines, avant d’écrire - avec Emmanuelle Bercot, également actrice du film - le scénario de Polisse. Elle joue ce rôle avec beaucoup de retenue et même avec une maladresse qui paraît très juste. Jusqu’à ce que JoeyStarr, autre star du film, lui retire ses lunettes factices et son chignon de vieille fille. C’est une des bonnes idées du film qui en a à revendre. Tous les visages de comédiens confirmés du cinéma français sont présents : Karin Viard, Marina Foïs, Sandrine Kiberlain, Nicolas Duchauvelle, Frédéric Pierrot, Jérémie Elkaïm et beaucoup d’autres, bref, un casting du tonnerre. Pas de premiers et de seconds rôles, chaque personnage existe à égalité avec les autres. JoeyStarr, avec sa gueule défoncée de boxeur, est d’une tendresse à fleur de peau, d’une promptitude à mettre son poing dans la figure d’un pédophile particulièrement odieux (Louis-Do de Lencquesaing), affublé du nom de M. de la Faublaise (on entend les fous rires des scénaristes quand elles ont inventé ce nom-là).

Ce film a de l’énergie à revendre, comporte des scènes d’anthologie et un inoubliable coup de gueule en arabe entre une femme flic d’origine maghrébine et un intégriste islamiste qui abuse femmes et filles, sûr de son bon droit, le coran en main et sur la table !

Heureusement, quelques pauses bienvenues donnent une respiration à certaines séquences trop sensationnelles. Presque tout réussit à cette brigade. Sauf quand les supérieurs leur mettent des bâtons dans les roues pour des raisons de budget, de connivence ou de hiérarchie. Il y a même des illustrations précises des impératifs récurrents de leur métier : faire du chiffre, alors que l’angoisse et le suicide rôdent … Une seule scène fait vraiment rire : quand les femmes et les hommes de la brigade, l’œil inquiet, accompagnent leurs propres enfants à l’école. Néanmoins, c’est très juste de montrer jusqu’à quel point leur métier et leur vie ne font plus qu’un : comment le sang d’encre que se font les parents concernés, tout comme le cynisme d’un père qui abuse de sa fille au nom de l’ « amour » qu’il porte à son enfant…sont intimement liés. L’angoisse des enfants, qui doivent affronter la solitude et la séparation, la difficulté de faire avouer ces faits et de les consigner comme une donnée objective, transforment tout un chacun, créant des doutes terribles et pouvant mener à des conclusions irréparables.
Heike Hurst