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Restless 

  de Gus van Sant

Gus Van Sant

Deux jeunes gens, - lui, Henry Hopper, fils de Dennis, dont c’est le premier rôle, est Enoch Brae ; elle, Mia Wasikowska, est Annabel Cotton-, s’imposent en quelques plans. Des plans de vie, ils en ont plein. Elle bien plus que lui. C’est normal, elle a un cancer, elle sait qu’elle est condamnée. Mais lui aussi a une histoire douloureuse à gérer. Il a perdu ses parents dans un accident de voiture. Lui seul a survécu. Son chagrin est immense. Pourquoi est-il le seul rescapé? Pourquoi doit-il souffrir de cette infamie d’avoir été laissé en vie, pour toujours ? Il voue un culte à ses morts. Il squatte les enterrements.  C’est n’est pas du tout à la manière de Harold et Maud. Tout au contraire, il oublie de vivre sa vie. Et c’est le challenge du film : cette jeune fille condamnée, qui n’a plus que trois mois à vivre, va lui apporter le souffle, l’envie, la fantaisie, le désir de vie qui lui font si cruellement défaut.

Mia Wasikowska et Henry Hopper

Un dessin sur la chaussée. Des traits de craie blanche dessinant les contours de deux corps. Tous deux vont s’y glisser, s’allonger par terre, épouser les traits et s’y lover. Tant qu’ils sont encore en vie, ils peuvent témoigner joyeusement de l’absurdité de ces accidents qui arrêtent brutalement les battements de cœur de personnes humaines. Elle lui apprend à respirer, à écouter les bruits d’oiseaux. Elle est une grande spécialiste de la matière animée, elle engrange les bruits, les couleurs, les habitudes du vivant. Amateur de livres, condamnée à passer beaucoup de temps au lit, elle étudie la botanique, la biologie. Son savoir immense, sa curiosité sans fin font d’elle une sorte de Pygmalion pour ce jeune garçon déboussolé, qu’elle recueille comme un animal abandonné. Ils passent des heures délicieuses ensemble. Elle le protège à tous points de vue. Il oublie un peu que c’est elle qui va l’abandonner pour de bon, puisque son temps est compté.

Mia Wasikowska et Henry Hopper

Un autre personnage ajoute de l'épaisseur à leur histoire : un aviateur japonais kamikaze, Hiroshi (Kase) joue avec Enoch à d'interminables parties de bataille navale. Vraie personne ou fantôme venu d'un monde révolu rappeler le prix de la vie et l'absurdité de la mort ? En tout cas, bien plus qu'une simple présence amicale, Hiroshi est un rappel d'Histoire, veillant sur Enoch et aimant, comme lui, la jeune Annabel, jeune fille si exceptionnelle.

Gus van Sant continue à nous proposer des portraits de jeunes gens, capte comme personne d’autre leur grâce, leur colère, leur générosité. Aux antipodes d’Elephant, ce film marche dans les traces de My Own Private Idaho et de Paranoïd Parc, privilégiant les portraits sensibles.

Mia Wasikowska

Restless est une somme de l’immense délicatesse que ce cinéaste déploie au service de l’évocation de cet âge dit "ingrat" et merveilleux à la fois, où certaines personnes traversent des épreuves dignes des grandes tragédies, alors qu’ils sont encore à l'exacte frontière entre l’adolescence et l’âge adulte. Un film joyeux, grave et bouleversant.

Heike Hurst

Restless  de Gus van Sant, USA, 2011, 95 min

Scénario : Jason Lew ; Ouverture d’Un certain Regard Cannes 2011 ; distribué aux USA par Sony Pictures Classics en septembre. Sortie France : non fixée.