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Sleeping Beauty

de Julia Leigh

Julia Leigh

Premier film au langage cinématographique un brin maniéré, mais une réussite : Sleeping beauty doit beaucoup à l’actrice, Emily Browning (Lucy). Est-elle une beauté ? Elle est très maigre, des jambes arquées, un visage impassible, son corps est d’une blancheur immaculée et c’est cela qui va faire d’elle la candidate parfaite pour servir de « sleeping beauty » dans ce film australien, produit par Jane Campion. N’est-elle une beauté qu’une fois endormie ? C’est en tout cas ce sur quoi le film insiste pour nous le faire croire. Les hommes qui sont sensés l’approcher ne la voient qu’endormie, nue, plongée dans un sommeil opiacé et profond dans un grand lit d’apparat au coeur d’une pièce presque vide. Ils semblent, en effet, la trouver belle et désirable. Mais la respectabilité se mêle à tout ça : à l’instar des « clients », Lucy est prévenue, voire rassurée : pas de pénétration, le vagin doit être préservé, assure la Maîtresse de maison, (Rachel Blake/Clara), actrice confirmée au port de tête altier, qui prépare des potions de sommeil dans une boisson à l’issue fatale, lorsque la belle endormie ne fera plus d’effet sur ces corps d’hommes âgés, le vrai sujet du film. Pour que je bande, dit l’un d’eux, il faudra qu’elle mette son doigt dans mon cul et que j’avale une boîte entière de viagra.

L’actrice qui incarne cette jeune fille doit prêter son corps à des expériences peu ordinaires. Il est remarquable de voir comment Lucy traverse ces situations pour le moins scabreuses et avec quelle résignation héroïque elle les supporte.

Comment survit-elle aux situations les plus pénibles, comme d’avaler pour les besoins de la science une sorte de sonde pour mesurer les réactions au plus profond de ses muqueuses, ou encore de servir des plats en tenue légère et corsetée sans broncher, alors qu’elle s’est fait préalablement maquiller la bouche à la couleur des grandes lèvres de son sexe… ?

Lucy révèle le scandaleux de ces pratiques, où le corps des filles et des femmes est théoriquement préservé  (« pas de pénétration »…), quand toute sa personne et son âme sont en fait abusées, car elle doit affronter, comme « en prime », la terreur de la mort des autres. Preuve en est ce cri qu’elle pousse, lorsqu’elle elle découvre un soir à son côté, au réveil de son sommeil imposé, le corps inerte d’un vieil homme anéanti…

Heike Hurst