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68e Mostra d’Arte Cinematografica
Venise 30.08 – 10.09 2011
Cronenberg, Polanski, Clooney, Ferrara, Sokurov, Garrel, Naderi, Akerman et Andrea Arnold… que demande le monde ! Magnifique programme de cette 68e Mostra !
George Clooney ouvrait le bal avec The Ides of March, (Les marches du pouvoir, sortie 26/10). Histoire d’une élection, plus exactement de primaires, mais de fait une histoire de trahison, d’amour et de vengeance. Film dont la production aurait été retardée pour ne pas gêner la campagne de la réélection d’Obama. Mais était-ce réellement le cas ou seulement une opération de pub ? On ne le saura pas. En tous cas, c’est un film très important pour la carrière de Ryan Gossling (Drive), secrétaire du présidentiable Clooney dans le film. Il fait l’apprentissage de la « sale » politique. C’est un film bien ficelé, mais qui n’apporte rien à personne.

George Clooney dans Les Marches du Pouvoir
Il en était tout autrement avec le film de David Cronenberg : A Dangerous Method est un pavé dans la mare de la certitude de certains thérapeutes et autres psychanalystes… Et si c’était une femme qui avait suggéré les différences d’interprétation des recherches théoriques -en l’occurrence des « doctrines » - de Freud (Viggo Mortensen) et de Jung (Michael Fassbender), dans ses travaux pratiques et cliniques ? La question avait déjà été posée à propos de l’influence de Lou-Andréas Salomé et ses rapports avec le maître de l’inconscient, mais combien de personnes au monde connaissent l’existence de Sabina Spielrein, patiente de Jung, disciple de Freud et inspiratrice de ces deux hommes majeurs des débuts de la psychanalyse ? Par rapport à l’œuvre dérangeante de Cronenberg, ce film, A Dangerous Method est un film classique en costumes. Mais le brûlot est souterrain, se cache dans les idées brillamment exposées, dans la manière de suggérer comment le docteur devient lui-même patient et vice-versa. Et même dans les robes blanches en dentelle impeccables que porte la femme de Jung se trouve un point de vue critique et un regard acide sur cette société où l’élan du cœur est refoulé comme un péché ; où le col amidonné ne peut s’ouvrir à une étreinte libre. Incarnée par Keira Knightley, Sabina Spielrein doit jouer l’hystérique, la possédée, l’amoureuse à la fois adulée et repoussée. Elle est la femme passionnée sans limites et une future psychanalyste de renom, rivale de ces Messieurs. Les acteurs sont formidables, l’histoire est poignante. Prenons du plaisir avec un Cronenberg classique qui insista pour dire qu’il avait l’âge de la Mostra, 68 ans.

Keira Knightley dans A Dangerous Method
Roman Polanski aussi n’a plus rien à prouver : il avait envie de légèreté, de rire. Mais avec lui, le rire n’est pas simplement un ricanement sans suite. Bâti avec une intelligence diabolique autour d’une histoire très banale, Carnage commence poliment, escalade et finit réellement en carnage. L’histoire est anecdotique : des gamins échangent des coups (seul plan large en extérieurs) et les parents interviennent pour une sorte de règlement à l’amiable des dommages collatéraux. Les parents sont : Jodie Foster, John C. Reilly ; Kate Winslet, Christoph Waltz. Le plaisir de regarder se chamailler ces personnes qui perdent petit à petit leurs bonnes manières, est jubilatoire. Du théâtre de chambre, car à part la scène en extérieurs du début et de la fin du film, tout se passe en huis-clos, à l’intérieur d’un appartement. Adapté de la pièce homonyme de Yasmina Reza, ce film est une belle réussite.

Carnage
Aux antipodes de ces protagonistes bien élevés (même s’il leur arrive de balancer le portable dans l’aquarium !), se trouve Shame de Steve Mc Queen. Le contraire de Hunger où son corps devient l’unique arme de combat dans cette célèbre grève de la faim qui coûtera la vie à Bobby Searle. Shame c’est le corps qui veut vivre des choses que cet homme n’arrive plus à contrôler. Si, dans Hunger, le corps est l’arme politique de combat pour détruire les autres, dans Shame le corps insatiable s’autonomise pour le détruire, lui-même. Chronique sans fard d’un homme obsédé par le sexe, journal intime d’un masturbateur puissant qui aimerait toucher à toutes les sensations du sexe. Mais profondément seul, toujours en chasse, il est en fait malheureux et ne sait pas parler de ce qu’il vit et de ce qu’il aimerait vivre pour de vrai. La visite de sa sœur devient une épreuve de vérité. Il réalise le cynisme de son entourage, n’arrive pas à s’en démarquer, devient impuissant quand il n’a pas des rapports tarifés ou arrachés de force. Et ce film si dur, impitoyable même sur le leurre du sexe, comporte des moments de grâce et de charme. Une séquence dans le métro est carrément irrésistible. Les regards échangés entre le protagoniste et une jeune femme créent le désir. Un grand film, où le travail sur la couleur, les cadrages parfaits rappellent que Steve Mc Queen est aussi artiste plasticien et vidéaste. Un autre Lion d’Or possible. C’est Michael Fassbender qui triomphe ici comme dans le Cronenberg, où il est Jung. (Prix d’interprétation masculine).

Michael Fassbender et Carey Mulligan dans Shame
Un film surprise Ren Shan Ren Hai (People mountain People Sea) repart avec le prix de la meilleure mise en scène à Shangjun Cai. Cela nous rappelle l’amour de Marco Muller pour la Chine et les découvertes toujours renouvelées dans cette cinématographie dynamique. A la recherche de l’assassin de son frère, un homme nous fait visiter la vie âpre - sans fleurs ni couronnes autres que mortuaires - et nous montre une Chine au travail. Des carrières à ciel ouvert à l’usine, du village à la ville, nous l’accompagnons dans sa traversée d’une Chine des damnés de la terre. Quel philosophe encore nous parlait de l’importance du chemin et du but si aléatoire du voyage ? C’est ce qui se produit ici. Un pauvre diable cherche un pauvre diable : est-ce si important de le coincer ? De verser du sang pour du sang versé ?
A coté de ces films majeurs, la quête du bonheur d’un Prince semble bien futile. Et pourtant, est-ce la qualité de ses interprètes ou la réflexion sur l’être et le paraître, qui ne se démode jamais, qui nous fait tant aimer W.E. le film de Madonna sur Wally Simpson et son Prince, le Roi Edouard qui abandonne son empire pour une roturière ? Madonna invente un personnage campé par Abbie Cornish, qui s’identifie à cette petite Wally (étonnante Andrea Riseborough), qui va y laisser sa peau et sa raison s’il n’y avait pas un bel immigrant qui la ramène sur terre, juste à temps. Donc romance, glamour et des rêves de midinette, pourquoi pas ?

James D'Arcy et Andrea Riseborough dans W.E.
Et puis le monde tel qu’il est a fait irruption dans cette Mostra si bien tenue : Terraferma de Emanuele Crialese, Il villaggio di cartone de Ermanno Olmi et Io sono Li de Andrea Segre (Giornate degli Autori) se concentraient sur ce problème de l’immigration si évident en Italie, car tous les jours des africains, des maghrébins et des gens de loin débarquent plus morts que vivants à Lampedusa et aux alentours. Crialese fait le portrait d’une famille de pêcheurs d’une île sicilienne, où le grand père incarne cette éthique qui tend à disparaître, à savoir qu’on ne laisse personne à la mer. Les policiers de son village confisquent son bateau et rassemblent les immigrés pour les renvoyer dans leur pays. C’est un film sobre qui vaut pour le portrait du vieux et du petit-fils qui veut reprendre le flambeau et pas du tout faire du tourisme attrape-nigaud comme le frère aîné.
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Terraferma
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Zhao Tao dans Io Sono Li
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Ermanno Olmi raconte en revanche l’histoire émouvante et édifiante d’un vieux curé (Lonsdale) qui doit partir à la retraite et quitter son église, qui sera démolie. Le curé, fidèle à ses engagements, abrite les africains qui vont dresser leur village de carton (c’est le titre du film) dans l’église et refuse de les livrer aux policiers. Il y a tout l’Evangile dans ce film : une naissance, une crèche, les trois rois mages et le Judas qui les trahira. Seul un brave docteur, frère spirituel du curé, essaie de faire contrepoids à l’abjection humaine.

Michael Lonsdale
Io sono Li se situe à Chioggia, à l’opposé de Venise, sur la terre ferme et conte la difficile, voire impossible intégration d’une superbe chinoise, jouée par Zao Thao, (nous la connaissons des films de Jia Zhang-ke) dans cette petite ville très fermée sur elle-même. Un beau film sur les rencontres entre étrangers qui pourraient s’apporter du réconfort et s’en sortir ensemble, mais qui ne seront pas acceptés par les habitants qui continuent de les voir d’un mauvais œil.
Dans cette thématique récurrente du rejet de l’autre, il faut parler d’un film israélien, un docu-fiction de toute beauté, qui émeut et bouleverse : Edut / Testimony : Un soldat distribue des bonbons et parle aux enfants jusqu’au jour où il doit fouiller une maison où le Tsahal vient de tuer le grand frère du gamin à qui il donnait des bonbons. Il n’en a plus jamais distribué. (…)
Les femmes colons dans un village palestinien ? Elles vont se faire massacrer, disent les responsables d’une unité de Tsahal présents dans le secteur. Ils se mobilisent. Ce qu’ils voient est à l’opposé de tout ce qu’ils imaginaient. Au lieu de femmes agressées, victimes de la violence des palestiniens, ils voient des furies déchaînées qui mettent un village palestinien à sac, face à une population tétanisée. Une rangée de femmes colons, armée de battes de baseball, avance en formation quasi militaire, détruisant tout sur son passage. Les soldats veulent faire reculer ces femmes déchaînées, mais les femmes leur crient vous n’avez pas le droit de nous toucher ! Passons sur la ruse qui permet aux soldats de s’interposer et de les faire reculer sans les toucher directement, ce qui est effectivement un interdit religieux. Ce sont ces récits que le film de Shlomi Elkabetz met en scène. (On se souvient, il avait réalisé avec sa soeur Ronit Elkabetz, Prendre femme et Sept jours.) Edut / Testimony (Témoignages) Orizzonti, est réalisé par Shlomi Elkabatz seul. Son film se construit, en effet, à partir de témoignages : « … J’assume juste la responsabilité des actes commis dont j’ai été témoin ou dont j’ai entendu parler ». La plupart des soldats n’arrivent pas à se remettre de leur mission dans les territoires occupés. Shlomi Elkabatz fait incarner ces récits poignants d’après la deuxième Intifada par des acteurs (israéliens et palestiniens), en les isolant dans le paysage ou les villages, trouvant toujours un cadre approprié pour faire surgir leurs récits.
Avec ce film de mise en scène, nous sommes curieusement au plus près des grands films de cette Mostra. Au plus près du maître Alexandre Sokurov, avec son Faust arraché à l’indifférence générale des producteurs et au plus près de la jeune Andrea Arnold qui ose avec son Heathcliff noir de peau et sa mise en scène de Wuthering Heights (Les Hauts du Hurlevent) une interprétation complètement nouvelle et sauvage du roman d’Emilie Brontë. Les deux reviennent à un format de cinéma presque oublié. (1:33).

Wuthering Heights (Les Hauts du Hurlevent)
Un format qu’utilise aussi le capteur de lumière des êtres qu’est Philippe Garrel. Un été brûlant n’a pas été regardé comme une manifestation supplémentaire du savoir-faire d’un magicien de cinéma, mais comme une fenêtre sur l’intimité de Monica Bellucchi. En effet, nue et allongée, elle fait un signe de la main qui nous attire irrésistiblement dans son sillage. Ce qui perturbe définitivement l’homme (Louis Garrel) qui vit avec elle et qui ne sait plus comment se comporter face à une telle beauté sensuelle et naïve à la fois. Et puis il y avait aussi Chantal Akerman, celle qui a tellement renouvelé le langage cinématographique et qui nous apprend encore des choses en osant le dépaysement, l’hypnotisation et l’évocation de la beauté pure, forcément étrange et dérangeante. La Folie Almayer est certes adapté, disons inspiré de Josef Conrad, mais c’est du pur Akerman qu’on trouve sur l’écran, avec ses fulgurances visuelles et sonores où manquent les mots pour les dire ; avec des inventions formelles image-son dont jaillit le mystère qu’elle ne saura pas nous expliquer, car elle cherche à communiquer d’inconscient à inconscient.

La Folie Allmayer
Cette Mostra 2011 a eu l’intuition géniale de réunir Chantal Akerman, Philippe Garrel et Pippo Delbono pour un débat, où il n’était pas facile de deviner de qui et de quoi ils allaient parler le plus. Pas d’eux mêmes en tous cas : Garrel ne tarissait pas d’éloges sur les films de la cinéaste Chantal Akerman, qui lui apprend de façon neuve à regarder ce qu’est un homme. Pour lui, c’est la peinture de l’âme. Dans les films de Garrel il y a déjà un modèle préexistant, une mise en scène de la vie intime de l’auteur qui sert de socle à son cinéma et qu’il reconnaît là, dans cette œuvre, enrichi, renvoyé en miroir et magnifié par une femme cinéaste et son regard spécifique. Le grand sujet commun à tous les trois fut cependant cette grande dame de la danse, Pina Bausch, brutalement disparue. Pour Pippo Delbono, le film de Chantal Akerman … Un jour, Pina m’a demandé est ce qu’il y a de plus juste qui existe sur cette artiste controversée. Réalisé de son vivant, il est plus fort que ce chant en 3D de Wim Wenders qui célèbre la morte au lieu d’interroger son œuvre. Comme dit Lanzmann, la célébration sert la mémoire et l’oubli. Ces films et spectacles à sa mémoire tendent à éteindre la dimension vivante et toujours renouvelée de cette artiste exceptionnelle qui a révolutionné toute la danse moderne. Le point principal de la discussion tournait néanmoins autour de la difficulté de faire des films, de financer ce cinéma précieux, rare et étrange de ces trois grands auteurs. Et si Venise changeait d’équipe et que tout cela ne soit plus possible ?

Pina Bausch
La Mostra : deux festivals en un !
Orizzonti est devenu la boîte de Pandore aux merveilles de tous genres. Documentaires d’abord : Une recherche de plusieurs années a mené Michael Glawogger à Bangkok, au Bangladesh et à Mexico pour analyser le travail des prostituées à la lumière de la mondialisation. Ces trois points sur le globe correspondent aussi à trois langues et à trois religions différentes. Whore’s Glory (La gloire des putes) est un film déconcertant. Une caméra précise, où des plans- séquence alternent avec une captation rapide de situations où l’on se sent rarement à l’aise. C’est l’univers des jeunes filles vendues pour rapporter juste un maigre prix au moment de la transaction. Et puis le travail de toute une vie pour rembourser : le déshonneur, le mépris, des enfants en cachette et la misère au bout. On ne peut aller plus loin pour décrire cet enfer. (Prix Spécial du Jury Orizzonti).

Whore's Glory
Photo GMB Akash
Puis un superbe long métrage de Amir Naderi, Cut : film de cinéphilie exacerbée porté à son point d’orgue : un jeune fait un ciné-club chez lui, il habite une sorte de squat ou musée de cinéma pour jeunes gens. Il montre les chefs- d’œuvres du cinéma, de l’Ile nue à Citizen Kane, en passant par Voyage en Italie et Buster Keaton. Avec un porte-voix, il harangue les passants pour qu’ils redécouvrent le vrai cinéma ; pour qu’ils abandonnent le règne des produits de substitution. Mais un jour, sa vie bascule. Convoqué par les yakusas, il apprend que son frère a été tué, car il avait accumulé trop de dettes contactées justement pour financer la « folie » cinéma de son frère. Il se propose donc comme « punching ball » vivant et récupère l’argent qu’il doit pour éponger les dettes du frère, en se faisant rouer de coups. C’est filmé sans esquiver son calvaire. Arrivé au bout et c’est très, très long à regarder, parce que très violent, il offre les 100 derniers coups au cinéma en citant chaque fois un chef-d’œuvre quand les coups l’atteignent. On ne dévoilera pas ce qu’il invente pour réaliser son rêve, mais c’est totalement surprenant. Un film hors pair, tourné au Japon avec Aoyama co-scénariste, réalisé hors des circuits balisés, juste avec cette passion effrénée du cinéma qui caractérise Naderi depuis Davandeh (le Coureur) et d’autres chefs- d’œuvres. Depuis, on court d’ailleurs dans tous ses films et beaucoup. Cut ne fait pas exception.
Lav Diaz, un des représentants illustres du cinéma philippin, a encore rajouté une œuvre envoûtante à la liste de ses films désormais culte pour ceux qui les aiment. Maître d’un cinéma de la sensation éprouvée, du ressenti et de l’impalpable, il est l’auteur d’un cinéma pur qui prend son temps et navigue entre tous les genres. Par conséquent, Lav Diaz est l’auteur rêvé pour Orizzonti. Son nouvel opus Siglo ng pagluluwal (century of birthing) confirme toutes les particularités de son auteur. Ce film d’une durée de 300 minutes décrit la dérive des sectes dans ce pays où les croyances font que les enfants quittent leurs parents, fuyant une misère physique pour une béatitude psychique qui, hélas, n’arrive que très rarement. Lav Diaz nous fait entrer dans ce cercle des gens au cœur gros en demande d’une vie spirituelle et charnelle, qui se dévouent corps et âme à des hommes parfois bons, parfois charlatans. Il ne juge pas, ne condamne personne, constate et raconte. Les séquences sont souvent bouleversantes, la rencontre avec une femme poète en particulier est drôle, émouvante et traduit cette immense liberté de création qui caractérise Lav Diaz. Il réalise en dehors de tous les circuits d’aides au cinéma, il est lui-même actif à tous les postes : il est son propre réalisateur, scénariste, chef opérateur, monteur, crée la musique et le sound design de son film.
Le cinéma et rien d’autre !
Le cinéma est l’Art par excellence pour nous permettre de vivre avec une culture qui sauve notre humanité et notre âme, c’est le credo du grand cinéaste Alexandre Sokurov ! Revenons donc à son Faust, Lion d’Or et chef -d’œuvre absolu, pièce maîtresse et conclusion admirable de sa trilogie consacrée à l’ étude implacable du pourquoi de l’adhésion à la tyrannie : Moloch (pourquoi a-t-on aimé Hitler) Taurus (Lenine) et Le Soleil (Hiro-Hito, l’empereur du Japon qui renonce à son statut de dieu vivant pour finir la guerre).

Lion d'Or 2011 pour Faust d'Alexandre Sokurov
Avec toutefois la grande différence qu’il s’agit d’un personnage imaginaire (même si un Docteur Faustus a réellement existé) et d’un travail sur un texte. C’est le texte de Goethe qui est la star du film et Sokurov, artiste hors pair de l’image, de la lumière, alchimiste de filtres magiques et de couleurs inventées, se met à son service, utilise son art pour le magnifier. Son Faust met la barre tellement haut du côté de l’art et du côté du cinéma pur qu’il est vraiment difficile de savoir par où commencer pour le louer. Il réhabilite les splendeurs du travail obtenu en studio où concourent tous les arts pour créer des images exceptionnelles, afin de célébrer le texte de Goethe, que nous entendons en allemand. L’homme du moyen-âge est disséqué. Sokurov guide le bistouri. Sa recherche ne s’arrêtera jamais. Est-ce une analyse de la fin de notre monde et de la recherche à partir d’un corps qui, même ouvert, ne livrera pas son secret ? Le Faust de Sokurov est en tous cas une somme de tous les arts : le travelling qui accompagne la rencontre avec Gretchen (Marguerite en français est tellement beau qu’on a le souffle coupé. On peut toujours se dire que ça ressemble à la peinture flamande… on n’aura rien dit. C’est beaucoup plus beau encore, parce que c’est en mouvement, c’est de l’art et c’est du cinéma.
Heike Hurst