InterCineTh

Vingt-cinquième Festival d'Automne à Paris

Avancées et respect de la tradition

Entretien avec Alain Crombecque, Directeur du Festival

Intercineth - Quels sont les points forts de ce vingt-cinquième Festival d’Automne à Paris et comment en avez-vous dessiné la trame ?

Alain Crombecque - Depuis sa création, en 1972 par Michel Guy, le Festival s’est attaché à garder ses repères. A l’affiche de cette année, on retrouve beaucoup des artistes qui étaient là dès le début : de Robert Wilson (que nous ne verrons malheureusement pas cette année en raison de l’accident de Michel Piccoli, mais qui reviendra l’année prochaine avec «La maladie de la mort») à Merce Cunningham ou Luca Ronconi, en passant par Carmelo Bene ou Viola, nous tenons à ces racines. Le Festival agit sur un principe de fidélité, c’est-à-dire que son sens vient de l’effort qu’il accomplit pour accompagner les oeuvres qui, de notre point de vue, comptent dans ce dernier quart de siècle. Il y en a certains qui ont disparu, mais en ayant beaucoup contribué à sa renommée, je pense notamment à Tadeusz Kantor; dont le Festival a été le passeur unique du voyage en France, voire en Europe. Ce sont tous ces liens de proximité artistique et d’amitié qui tissent le programme de cette vingt-cinquième édition, en même temps que notre responsabilité est d’avoir l’intuition de ce que le théâtre, la musique, la danse, le cinéma seront dans la prochaine décennie. Préoccupation géo-culturelle importante : la présence forte de l’Asie depuis deux ans.

- Donc, à la fois une fidélité au passé et une vocation de découverte de nouveaux talents ?

- On voit bien que le Festival a été une tête de pont des avant-gardes, notamment américaines, plus particulièrement new-yorkaises, que ce soit avec Meredith Monk ou Richard Forman et beaucoup d’autres, mais aussi avec les mouvements artistiques californiens, la fidélité de Peter Sellers ou tous les compositeurs proches de Berkeley. Il y a aussi une idée généreuse qui fait partie de la position universaliste de ce pays en matière artistique, c’est cette grande ouverture, en particulier sur l’Europe, qui a entre autres choses permis la découverte de quelqu’un comme Dodine, aujourd’hui l’un des plus grands metteurs en scène européens. Au-delà de l’Europe et des Etats-Unis, le goût pour les cultures non occidentales; l’importance accordée au Japon dès les débuts du Festival, ou les monographies consacrées à l’Inde, à l’Afrique, à l’Australie, au monde arabe etc... C’est aussi un lieu de rencontre entre artistes français et étrangers, comme Bob Wilson, qui monte des spectacles avec des acteurs français et américains.

- Si l’on devait définir un ton ou un thème majeur pour cette vingt-cinquième édition, quel serait-il ? Y a-t-il une tendance qui se dégage, ou au contraire une grande disparité de spectacles ?

- Il n’y a pas de disparité et à la fois, pas de sectarisme. Disons qu’il y a des fils conducteurs, même souterrains, qui tissent le programme. Par exemple, il y a beaucoup de projets qui ont une dimension interdisciplinaire, non pas de voisinage, mais d’approche artistique multiple. C’est le cas du projet avec le cinéaste américain Bill Viola et la présentation de «Désert» d’Edgar Varèse, créé en 1954 au Théâtre des Champs-Elysées, que nous reprenons au même endroit, mais dans le dispositif souhaité par le compositeur à l’origine, c’est-à-dire une exécution musicale accompagnée d’une oeuvre cinématographique. C’est à la fois une soirée de cinéma et de musique. Un autre projet, autour de Nabokov, avec une pièce de lui qui s’appelle «Le pôle», qui est une sorte de méditation sur le passage de la vie à la mort, projet qui associe un metteur en scène, Klaus-Michael Grüber, un peintre, Gilles Ayot et un compositeur qui est Curtag. Donc, il y a ce fil dans le Festival, de même qu’il y a des rencontres, entre le théâtre et la musique, par exemple avec Carmelo Bene : son «Macbeth» est à la fois tissé de Shakespeare et de Verdi. Ou Tanguy, qui est pour moi quelqu’un qui se situe dans le voisinage du théâtre et des arts plastiques. Ce n’est pas un parti-pris avoué ou délibéré, mais c’est assez présent dans le programme de ce vingt-cinquième Festival d’Automne à Paris. J’aime les projets qui tissent des alchimies entre les disciplines.

Propos recueillis par Véronique Blin


retour au Festival d'Automne
Retour à InterCineTh
© / Commentaires: cineth@idesys.fr