« Les fils de l’amertume »

de Slimane Benaïssa

Mise en scène Slimane Benaïssa et Jean-Louis Hourdin

Oralité

Lendemains de la guerre d’Algérie. Français et arabes à couteaux tirés, colère pour certains, incompréhension pour la plupart. Et puis, comme des «brèves de comptoir» au café du commerce, un groupe d’hommes et de femmes qui se racontent, qui nous racontent leur vie, leurs petites et grandes histoires. Sur le ton narratif, face au public, Agoumi, Slimane Benaïssa, Fellag, Jean-Louis Hourdin, Sonia et Marc Barbé font et refont le parcours de leur existence, de leur désarroi, de leurs joies et malheurs. Accompagnés par les chants de Nadia Lakaf et Beihdja Rahal, la flûte de Saïd Akhelfi, le luth de Nadje Hamma et le bendir de Rachid Belgacem, ils nous prennent à témoins de leur culture, parlant de Dieu et du Diable, des femmes et des enfants. Mélopées sauvages et poétiques scandent ainsi leurs propos. Essentiellement axées sur la tradition orale, leurs voix se font l’écho de leur vécu. D’aucuns se sont vivement étonnés qu’aujourd’hui où l’Algérie est hélas de nouveau à feu et à sang, on puisse tenir un tel discours, fondamentalement pacifique. Mais justement ! Quel souffle formidablement revigorant que de voir ces hommes et ces femmes parler de justice et de fraternité à visage découvert ! La mise en scène de Jean-Louis Hourdin et de l’auteur va dans ce sens, celui de la réconciliation, toujours possible. Cette troupe d’algériens nous le dit, quelle belle envie ils nous donnent de les croire ! Sur un sol admirablement peint par Hamid Tibouchi, aux bleus mêlés d’ors effacés par le temps et sous les lumières douces de Gérard Bonnaud surplombées d’un croissant de lune, la scène se fait antre; nous y sommes tous conviés pour une magnifique leçon de choses; les choses de la vie.

Véronique Blin


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