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« Edouard II »

de Christopher Marlowe

mise en scène Alain Françon

Souverain du chaos

Derniers soubresauts du Moyen-Age, aube du monde moderne, les vingt ans de règne sur l’Angleterre d’Edouard de Carnavon (1307 - 1327), furent marqués par une totale inversion sociale et sexuelle. Décrits par Marlowe, ils font figure de parodie de pouvoir du roi Edouard II (Carlo Brandt) qui, loin de s’acquitter des devoirs dus à son pays, fut seulement préoccupé de fêtes, joutes et tournois en l’honneur de son amant Gaveston (Michel Didym), lequel fut banni puis rappelé au royaume par ses soins. Luttes incessantes entre le roi et les barons, insurgés contre ses actions, peuple laissé-pour-compte, abandonné à son sort dont il se soucie comme d’une guigne, son règne est le signe d’un vaste chaos.

Prise en mains par Alain Françon, la pièce se délite encore davantage, par l’accentuation volontairement extravagante du jeu des comédiens : en faisant d’Edouard et de Gaveston deux folles intégrales, le directeur du Centre Dramatique National de Savoie efface la dangerosité réelle d’un tel homme au pouvoir. Carlo Brandt et Michel Didym en font des tonnes pour être crédibles. Agité de tics bien inutiles dans les doigts, Brandt donne une lourdeur pénible à son personnage. Seule Dominique Valadié sort grandie de l’histoire : émouvante et pathétique reine Isabelle, fille du roi de France et épouse d’Edouard, elle imprime à son rôle de femme bafouée un ton bouleversant. En revanche de ces critiques de jeu, le plus grand bien est à dire du décor et des jeux de lumières qui l’habillent : grands panneaux noirs se déplaçant sur des rails circulaires au gré des scènes, éclairés par des projecteurs blancs intenses ou grisés selon l’intensité en situation, ils font penser à Soulages et son noir-lumière. Superbe équilibre des tons, ponctuant admirablement le drame-farce qui se déroule sous nos yeux. Dommage qu’ils soient si mal servis !

Véronique Blin


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