« Breaking the waves », de Lars von Trier

Grand Prix du Jury

Fantastique voyage au pays de la «bonté», le cinquième long métrage du danois Lars von Trier (notamment après les inoubliables «Element of crime» et «Europa») nous entraîne sur l’île de Skye, ultra puritaine et conservatrice, au large de la côte nord-ouest de l’Ecosse, de nos jours. On y fait la connaissance de Bess (extraordinaire et surnaturelle Emily Watson), amoureuse du grand diable de Jan (formidable Stellan Skarsgard), employé d’une plate-forme pétrolière, qu’elle épouse contre l’avis de tous. Bess est habitée par Dieu, avec lequel elle entretient des conversations particulières... Lorsque Jan a un accident qui le paralyse entièrement, il demande à Bess de l’aimer par l’intermédiaire d’autres hommes et de lui raconter ensuite ses exploits. En voulant sauver leur amour, Jan perdra sa femme; en voulant sauver Jan, Bess perdra la vie...

Caméra sur l’épaule, Lars von Trier suit obstinément l’évolution de cette bien curieuse histoire d’amour, entièrement dominée par le sentiment de «bonté» et par le jeu de comédiens hors pair. La bonté de Bess, prête à tout pour que Jan guérisse, persuadée que Dieu ne saurait la punir pour ces gestes d’amour; celle de Jan qui voudrait que sa femme ait une vie «normale», vie qu’il n’est plus en mesure de lui offrir. Et cette histoire qui pourrait être mièvre ou mélodramatique de la plus basse souche est soudain transfigurée par cette caméra extrêmement mobile, ne coupant aucun plan mais suivant au contraire chacun dans sa chute, ainsi que par le rythme fabuleux, la cadence incroyable que ces deux acteurs lui impriment. Un film de souffle, qui fait d’un conte invraisemblable une magnifique histoire d’amour authentique, qui prend le spectateur de plein fouet; et l’on y croit, dur comme fer.

Véronique Blin.

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