«Une mémoire tendancieuse est tout aussi dangereuse qu'une amnésie programmée», dit le cinéaste, homme de théâtre et de télévision roumain Lucian Pintilie, interdit de travail pendant vingt ans dans son pays (70/90), qui ajoute : «Je ne connais nulle tentation plus satanique, propre à détruire la vie, que la recommandation innocente : «Oublions le passé». Le pardon ne naît jamais de l'abolition de la mémoire».
S'appuyant sur la nouvelle de Rasvan Popescu, il dresse le bilan affligé de cette nouvelle Roumanie hantée par le mythe de l'Occident et sa vision paradisiaque : «Cette fièvre de l'exil est une catastrophe, sinon la principale : le communisme reconverti en capitalisme sauvage». Par le biais d'un couple composé du procureur Costa (Razvan Vasilescu) et de la topographe Alina (Cécilia Barbora), Pintilie lève le voile sur un évènement dont l'origine et les raisons sont toujours, à ce jour, passées sous silence : l'appel aux mineurs de 1990.
Menant aujourd'hui une enquête sur la mort suspecte d'un des leurs dans la «Vallée des Pleurs», Costa va peu à peu découvrir une vérité dont personne ne veut... «Que se passe-t-il quand, après l'euphorie collective, un autre enfer se reconstitue, à partir des débris de l'enfer précédent ? Quand toute la nomenklatura communiste se reconvertit en une classe de nouveaux riches, quand la Mafia remplace le Parti d'autrefois, quand le sort qui attend les «misérables» de toujours est de devenir une réserve naturelle d'orangs-outans programmables à la demande ? Quand n'existe plus aucune résistance, plus rien que l'exil, quand tout est trop tard ?
Amer constat, pour la première fois presque entièrement dépourvu d'humour, blessure profonde dont la cicatrice semble impossible. «Trop tard est mon film le plus grave, peut-être, sur la «transfiguration» du communisme. Est-ce un titre pessimiste ? Assurément, si l'on oublie que je continue de croire aux miracles».