(...) Plus que jamais, la tàche du cinéma semble être de reconstruire, de rassembler ce que le monde ne cesse de séparer et de dissoudre. Dans une société qu'on dit individualiste, les films sont là pour illustrer les liens qui continuent d'unir les uns aux autres, et, singulièrement, les liens familiaux. Certes, ce spectacle n'est pas toujours édifiant, qu'il s'agisse d'un mari machiavélique (" Fargo " de Joël Coen), d'une enfant autiste (" The Quiet Room " de Rolf de Heer), voire de toute une vie figée dans le sommeil de l'inceste (" Temptress Moon " de Chen Kaige)...Mais au fond de cette noirceur, il se dégage comme la nostalgie d'une unité oubliée.(...) Le cinéma n'est-il pas tout entier une affaire de famille quand il nous ramène à l'éternelle disponibilité de l'enfance?(...) Dans la mesure où les codes sociaux traditionnels s'avèrent de plus en plus incertains, c'est décidément au cinéma qu'il appartient de transfigurer nos doutes, de nous réinscrire dans la communauté et, à défaut de nous proposer un sens, nous réapprendre à jouer avec les nuages.