
Depuis longtemps déjà, le professeur Phillotson avait indiqué à Jude la ville universitaire de Christminster, en la montrant du doigt du haut de la colline qui dominait leur petit village de paysans modestes. Son dessein le plus cher daller y étudier fut un temps contrarié par la fille de léleveur de cochons local qui, prétextant dêtre enceinte, força Jude à lépouser. Constat déchec conjugal bien vite flagrant, il part pour la ville où lattendent non seulement les livres, mais lamour fou quil éprouve aussitôt pour sa cousine Sue, dont lintelligence et la finesse le captivent. Quel sera le destin de ce jeune berger devenu étudiant, déchiré entre sa soif de culture et la passion quil découvre ?
Troisième long métrage du jeune cinéaste britannique Michael Winterbottom, dont on remarqua le premier, «Butterfly kiss», en 1994, confirmé par «Go now» lannée dernière, «Jude» se dénote nettement des précédents (tous deux se situant aujourdhui, dans le milieu ouvrier londonien, en plans serrés au plus près des personnages), par le style, la forme et le fond. Film à costumes du début de ce siècle, il fait beaucoup appel aux panoramiques, larges plans-séquences et travellings latéraux à vous couper le souffle. Documentariste dorigine (on lui doit notamment deux oeuvres majeures sur Bergman), Winterbottom na pas oublié son soin du détail, ni du mot juste. Allant très vite à lessentiel, la précision de son regard confère à son travail une authenticité formidable. Et lon est pris par son objectif comme dans une toile, ravis de lêtre et, à linstar de Christopher Eccleston et Kate Winslet (Jude et Sue), passionnés à notre tour.