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« Jude »

de Michael Winterbottom

Grand Prix Dinard 1996

photo
Kate Winslet (Sue) et Christopher Eccleston (Jude)

Culture et passion

Depuis longtemps déjà, le professeur Phillotson avait indiqué à Jude la ville universitaire de Christminster, en la montrant du doigt du haut de la colline qui dominait leur petit village de paysans modestes. Son dessein le plus cher d’aller y étudier fut un temps contrarié par la fille de l’éleveur de cochons local qui, prétextant d’être enceinte, força Jude à l’épouser. Constat d’échec conjugal bien vite flagrant, il part pour la ville où l’attendent non seulement les livres, mais l’amour fou qu’il éprouve aussitôt pour sa cousine Sue, dont l’intelligence et la finesse le captivent. Quel sera le destin de ce jeune berger devenu étudiant, déchiré entre sa soif de culture et la passion qu’il découvre ?

Troisième long métrage du jeune cinéaste britannique Michael Winterbottom, dont on remarqua le premier, «Butterfly kiss», en 1994, confirmé par «Go now» l’année dernière, «Jude» se dénote nettement des précédents (tous deux se situant aujourd’hui, dans le milieu ouvrier londonien, en plans serrés au plus près des personnages), par le style, la forme et le fond. Film à costumes du début de ce siècle, il fait beaucoup appel aux panoramiques, larges plans-séquences et travellings latéraux à vous couper le souffle. Documentariste d’origine (on lui doit notamment deux oeuvres majeures sur Bergman), Winterbottom n’a pas oublié son soin du détail, ni du mot juste. Allant très vite à l’essentiel, la précision de son regard confère à son travail une authenticité formidable. Et l’on est pris par son objectif comme dans une toile, ravis de l’être et, à l’instar de Christopher Eccleston et Kate Winslet (Jude et Sue), passionnés à notre tour.

Véronique Blin


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