Karel Kachyna (République Tchèque)

L'oreille

L'oreille de Karel Kachyna

-InterCineTh- Avez vous toujours été un rebelle, un opposant farouche au pouvoir en place avant 1989 ?

-Karel Kachyna- Je crois que tous les artistes et tous ceux qui travaillent dans la culture sont forcément des opposants au régime présent, que ce soit là ou là. Si j’étais un rebelle, j’étais comme tous les autres, j’ai toujours voulu défendre la liberté de l’homme. Dans l’histoire de l’humanité, il y a toujours eu cette lutte contre le pouvoir, cette sorte de contre pouvoir. J’étais donc un rebelle parmi d’autres, mes collègues cinéastes tchèques. Mes films présentés au festival de la Rochelle datent des années soixante, époque de libéralisation qui a permis de s’exprimer plus librement, tout en prenant des risques certains.

-InterCineTh- Je pense notamment à « l’oreille », que vous avez tourné en 1969, en partie clandestinement, féroce plaidoyer contre le régime, et ses « micros » placés partout, mais non dénué d’humour.

-Karel Kachyna- je crois que l’humour devrait faire partie de tout, aussi fort soit-il; nous avons tourné ce film entre deux gouvernements, en août 69, juste un an après l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie alors que le nouveau pouvoir n’était pas encore vraiment en place. Nous avons en quelque sorte « profité » de cette incertitude, tout en nous mettant à l’écart, en tournant dans l’archevêché d’une petite ville de Moravie et non dans les palais officiels. En dépit de ces « précautions », l’humour a toujours été présent; il permet une distance indispensable par rapport aux événements.

-InterCineTh- Aujourd’hui, comment se porte le cinéma tchèque et quel est à votre avis, son développement à venir, trois ans après la séparation d’avec la Slovaquie ?

-Karel Kachyna- Vous m’auriez posé cette question il y a trois ans, je vous aurais répondu avec enthousiasme qu’enfin tout était possible et qu’on allait pouvoir faire des choses formidables. Aujourd’hui je suis plus sceptique. Avec le recul, je suis nettement moins optimiste, puisque l’industrie cinématographique vit la transformation du marché économique, qui rend la situation plus difficile, d’autant qu’étant un tout petit pays, l’exploitation de films en salles est quasiment impossible vu le nombre d’habitants et l’avènement du cinéma américain écrase évidemment tout.

-InterCineTh- Vous qui êtes un fervent défenseur de la liberté, pensez-vous qu’elle a une chance de s’exprimer à travers le cinéma ?

-Karel Kachyna- La liberté est le ferment essentiel de mon travail. Si je n’y croyais pas un peu, j’arrêterais tout de suite pour me consacrer au jardinage ou à n’importe quelle activité, mais il faut de plus en plus d’argent, ce qui est très difficile à trouver. Mon souhait est que le potentiel existant entre les jeunes cinéastes tchèques qui démarrent et l’expérience de ceux de ma génération s’additionne et fasse davantage rayonner le cinéma de mon pays à travers le monde.