-InterCineTh- Après 23 ans de dépistage acharné doeuvre rares, méconnues ou oubliées, quest-ce qui a présidé aux choix du directeur du festival de La Rochelle pour cette vingt-quatrième édition ?
-Jean-Loup PASSEK- Jai un grand défaut, je suis très obstiné, et les choix du 24 e festival ne diffèrent absolument pas de ceux des 23 qui lont précédé, cest-à- dire que je cherche toujours à susciter la curiosité du public vers des pays qui sont maintenant exclus plus ou moins des circuits commerciaux et de la télévision. Sans pour cela rechercher un cinéma élitiste, mais tout vient dun sentiment de colère contre ce partage du monde entre le cinéma américain et celui des autres pays. Je nai rien contre celui de 12 e zone, celui des sous-feuilletons qui envahissent la planète et excluent petit à petit toute recherche didentité culturelle. Moi, je dois beaucoup au cinéma, jai beaucoup appris à travers lui, notamment, au-delà du plaisir quil procure, la connaissance des autres. Et je pense que la curiosité est la plus belle qualité qui soit, une vertu cardinale. Un homme qui na pas de curiosité, qui vit avec des idées prédigérées et une télévision paresseuse, parfois menteuse, parfois méprisante, perd beaucoup de la vie et il faut peut-être des «passeurs», comme jespère lêtre et comme dautres directeurs de festivals le sont, pour montrer que dans le monde, il existe dautres sujets, dautres cultures enrichissantes. Donc, une ligne droite, qui nest pas un chemin de roses, mais je prétends quun grand film bulgare mérite toujours dêtre présenté, alors quun feuilleton américain le sera de toutes façons un jour ou lautre à la télévision. Et puis il y a des cinéastes dont toutes les encyclopédies parlent et quon ne voit jamais, alors jessaye dêtre celui qui garde la mémoire du cinéma et surtout je souhaite mélanger, juxtaposer des oeuvres en un voyage spatio-temporel à travers le temps. Cette année, il y a un nombre de nationalités représentées considérables. Cest mon ami Jean-François Bory qui ma mis le pied a létrier et jai vu que La Rochelle, même si cest une ville sans grande métropole alentour, il ny avait pas duniversité à lépoque, ni de circuit dart et dessai, seulement la Maison de la Culture, qui est devenue la Coursive, bref, un terrain difficile. Cétait un challenge, jai été complètement séduit, non seulement par la ville, mais aussi par les cinéphiles de la première heure qui, ajoutés les uns aux autres, ont fait que deux spectateurs à la première séance, 400 au premier festival, on est montés à 60 000. Je ne cherche pas la quantité, mais la qualité et je crois que la qualité des spectateurs de La Rochelle, cest ma plus belle récompense.