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« Carla’s song », de Ken Loach

Le chant du silence

Voilà déjà un bon moment que George (Robert Carlyle), conducteur de bus à Glasgow, trouve sa vie bien morose et monotone. Réfractaire à l’ordre établi, il bouscule les règles en vigueur, fait voyager gratuitement qui bon lui semble, dévide parfois sa machine à billets, prend la défense des passagers clandestins face aux contrôleurs... C’est ce qu’il fait pour Carla (Oyanka Cabezas), réfugiée nicaraguayenne montée sans le sou dans son véhicule. Pour elle, il quittera son travail, l’aimera passionnément et l’emmènera dans son pays natal pour renouer avec un passé qu’il pressent mystérieux. Nous sommes en 1987, au coeur de la guerre sandiniste au Nicaragua...

Après le succès mérité de « Land and Freedom » à propos de la guerre d’Espagne, Ken Loach réaffirme avec ferveur son goût pour l’étude approfondie de personnages pris dans un contexte politique fort. Mieux que quiconque, il sait mettre en scène des caractères trempés, dessinés à la plume fine, en un savant mélange de romantisme et de portrait du plus pur réalisme, aussi cruel soit-il. Ce qui, pour d’autres, tiendrait du tour de force, semble chez lui couler de source. C’est ce qui fait la force de chacune de ses oeuvres, de celle-ci en particulier : ce chauffeur de bus amoureux brutalement plongé dans un univers de violence et de guerre, qui le mènera jusqu’au renoncement pour laisser sa belle chez les siens vous prend aux tripes et les secoue, sans qu’à aucun moment on ne tombe ni dans le mélo sirupeux, ni dans la chronique de pages historiques tournées comme un reportage. Cette subtile présence bicéphale est captivante de bout en bout, grâce notamment à la prestation inouïe de Robert Carlyle. Déjà étonnant dans «Trainspotting », le jeune acteur écossais compose ici un George éblouissant qui, sous la houlette magistrale de Ken Loach, vous emporte et vous tient.

Véronique Blin


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