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« Party », de Manoel de Oliveira

Désir et séduction : le pouvoir du verbe


photo de Party

Rogerio Samora,Leonor Silveira,Michel Piccoli,Irène Papas


L’étrange alchimie des mots, part intégrante du destin. Le prétexte du réalisateur portugais pour les dire : la garden-party organisée par Leonor et Rogerio (Leonor Silveira et Rogerio Samora), à l’occasion de leurs dix ans de mariage, dans leur palais de Ponta Delgada aux Açores. Elle sera le siège de joutes oratoires pertinentes entre le couple et deux de leurs invités, Irène et Michel (Irène Papas et Michel Piccoli). Gardant leurs prénoms d’origine, comme pour mieux les exposer, les faire parler plus «vrai», Manoel de Oliveira met en lice ce quatuor sur le thème du désir et de la séduction, du sentiment amoureux et de l’érotisme. Le désir de Michel pour Leonor, l’amour de Rogerio pour son épouse, les griffes de la maîtresse Irène, lucide et clairvoyante, sorties pour protéger son bien. Sur ce champ de bataille amoureux, les mots sont rois et sifflent aux oreilles.

Monté comme une pièce de théâtre, sorte de huis-clos en plein air, repris cinq ans plus tard autour d’une table d’intérieur, un violent orage ayant interrompu la réception initiale, ce nouveau film de l’infatigable Oliveira (à quatre-vingt-sept ans, il ne cesse de tourner et de tourner encore) est un pur régal auditif et visuel. A la gloire des hommes comme des femmes, chacun des deux sexes perdant la mise tour à tour, la regagnant aussitôt, il met en lumière, sous l’éclairage gris-bleuté du grand maître, quelques vérités et beaucoup de secrets toujours bons à entendre, même s’ils peuvent faire mal en faisant mouche : « Le sommeil est le libertinage des pauvres », confie Michel à Leonor, conscient d’appartenir à une classe privilégiée. Cette musique verbale prend parfois une tonalité subaigüe, jouant sur la gamme hypersensible de la difficulté du partage et de l’échange, comme sur celle de la banalisation des gestes humains : « Dans Electre », dit la sublime Irène Papas, « tuer était un sacrifice offert aux dieux; aujourd’hui, c’est un fait divers ». Le film de Manoel de Oliveira est tout le contraire : un fait unique.

Véronique Blin


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