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Avignon 97

« Nathan le Sage »

de Gotthold Ephraïm Lessing

Singulière parabole pour vérité plurielle

Dans l'espace, déjà immense et encore avancé, de la Cour d'Honneur du Palais des papes, le directeur québécois du Théâtre Ubu, Denis Marleau, a présenté en ouverture du 51ème Festival d'Avignon, sa «vision» du célèbre poème dramatique de Lessing. En toute transparence. Le chant du muezin ouvre le rÈcit; celui des cloches le clÙturera.

Transparence du décor, d'abord, d'où jaillit celle du propos. Architecture arachnéenne ciselée dans le métal doré, Jérusalem dresse de front les symboles visibles des trois grandes religions monothéistes, musulmane, juive et chrétienne : une mosquée, une synagogue et une cathédrale, qui se lient et se joignent entre elles par des ponts suspendus, fragiles passerelles d'un espoir de tolérance, de solidarité et de partage. C'est dans ce cadre, dessiné par Michel Goulet, que se déroule l'intrigue, dont l'arrière-plan historique est la Troisième Croisade, à la fin du XIIe siècle. Là, dans la Ville Sainte, le juif Nathan, apprenant que sa fille adoptive Recha a été sauvée d'un incendie par un jeune Templier chrétien - condamné à mort et gracié de justesse par le sultan musulman Saladin, qui lui trouve une ressemblance étrange avec son frère disparu , va entreprendre de réconcilier l'irréconciliable. S'appuyant sur la parabole des trois anneaux, tirée du «Décaméron» (un père mourant lègue à ses trois enfants trois anneaux identiques, dont le juge testamentaire est incapable de distinguer l'original des copies), il ouvre la voie de la fraternité, en suggérant qu'aucune religion ne peut prétendre détenir «la» vérité.

Marleau s'empare de cette thèse avec ferveur et les comédiens qui la défendent partagent la même foi : Sami Frey, Nathan sage et tranquille, laisse sourdre les accents de la conviction. Face à lui, Aurélien Recoing en sultan tourmenté, saura prendre en compte son avis. Sans la moindre ostentation ni «effet» spectaculaire, les comédiens venant tout simplement à l'avant-scène dire leur texte face au public, presque à voix basse, le metteur en scène montréalais est le juste témoin de l'auteur allemand et nous met, avec lui, dans la confidence d'un espoir fou : celui d'un humanisme planétaire.

Véronique Blin


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