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Bilan du 47e Festival International du Film de Berlin

Température tiède

On y a connu tous les climats : de la neige (le plus souvent) au soleil (cette année), des splendeurs aux navets, Berlin a toujours eu une inimitable manière de prendre le pouls de la cinéphilie mondiale. Vitrine incomparable de productions tous azimuts, notamment dans son fameux «Forum du jeune cinéma», véritable creuset de nouveaux réalisateurs et acteurs venus des quatre coins de la planète, deuxième manifestation cinématographique annuelle du globe, après Cannes mais avant Venise (ce que beaucoup ignorent, allez savoir pourquoi...), la nouvelle capitale de l'Allemagne réunifiée nous a gratifiés cette année d'une sélection mi-figue mi-raisin, mi-chèvre mi-chou, bref plutôt bof, un brin inodore et surtout sans saveur.

Aucun véritable coup de coeur, donc, dans aucune des sections présentées, quand il y en avait toujours au moins trois et un seul coup de gueule, encore que ce soit un bien grand mot pour qualifier la honte française déclenchée à la vision du nullissime grave premier film de fiction de notre national B.H.L. : «Le Jour et la Nuit»... Plutôt l'atterrement...

Un «Larry Flynt» oursisé d'Or qui ressemble à ce qu'il est : un consensus mou sur la liberté d'expression (avec cependant le regret de n'avoir pas vu le Prix d'Interprétation Féminine revenir à Courtney Love pour le rôle de l'épouse de ce magnat de la presse pornographique qu'elle joue magistralement).

Un tout de même courageux Ours d'Argent et Prix Spécial du Jury au dérangeant «He Liu» (La Rivière) dont on ne saura jamais si la morale est que l'inceste sauve de tout ou qu'au contraire, il est la source de tous les maux.

Un incontournable hommage rendu à Raoul Ruiz par cet Ours d'Argent qui couronne l'ensemble de son oeuvre, bien plus en tout cas que ses «Généalogies d'un crime», bien mou lui aussi.

Tout aussi incontournable, l'obligation de «donner» quelque-chose à l'impeccable, irréprochable, haut en couleurs, désertique et brûlant «The English Patient» : C'est Binoche qui reçoit le cadeau; tant mieux pour elle, mais pourquoi pas Kristin Scott Thomas, l'autre héroïne du film, tout aussi formidable? Ah mais non ! Les américains ont déjà raflé l'Or, il en faut pour tout le monde ! C'est bien là l'impression générale : à défaut de véritable engagement, donc de choix, le Jury semble s'être contenté de vouloir «faire plaisir» au plus grand nombre, en tout cas à ceux qui s'imposaient - peut-être - comme des évidences. D'où ce sentiment de mollesse, mais en rapport avec une sélection qui l'était tout autant...

Côté garçons en revanche, l'inoubliable frère attardé mental de Johnny Deep, révélé dans «Gilbert Grape», Leonardo Di Caprio, mérite amplement le Prix d'Interprétation Masculine pour son Romeo : il est fantastique.

Et que penser de ces «Mentions Spéciales» accordées à la «prometteuse performance» de la jeune Anna Wielgucka dans «Panna Nikt», au «portrait humoristique et ironique des changements intervenus à Berlin aujourd'hui» de «Das leben ist eine Baustelle» (La vie est un chantier), ou à «L'exemplarité du jeu de toute l'équipe» de «Get on the bus» ? Peut-être les vrais «justes» Prix...

Non, si enthousiasme il y eut, c'est bien du côté des courts métrages qu'il s'est exprimé, surtout pour cet Ours d'Or de la spécialité, l'irrésistible, rapide et très efficace «Senaste Nytt» (Les dernières nouvelles) qui relate, en quatre minutes radiophoniques et interactives, les tribulations d'une délicieuse et maladroite pâtissière d'occasion, à la défénestration annoncée.

Après avoir pendant des années soufflé le chaud et le froid sur la planète cinéma, la quarante septième édition berlinoise a, en ce mois de février, soufflé le tiède; comme le temps, exceptionnellement «mou» pour la saison...

Véronique Blin


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