
«She's gotta have it», son premier long métrage, avait déjà cette ténacité pugnace du cinéaste porte-parole et défenseur de la communauté noire américaine. Spike Lee récidive ici, en prenant pour support de sa nouvelle croisade, la célèbre «Marche d'un Million d'Hommes» sur Washington, en octobre 95. Marche revendicative qui ne lui servira en fait que de prétexte, pour focaliser son objectif sur une poignée de douze hommes, montés dans un car à Los-Angelès. Pendant trois jours et autant de nuits, il va les faire se rencontrer, se méfier, se découvrir et puis s'aimer. Totalement inconnus les uns des autres au départ, ce huis-clos obligé les fera se rapprocher et s'apprécier à des mesures diverses.
Tourner dans un car en mouvement peut confiner au masochisme. Gageure impertinente, elle est pourtant le seul, et sans doute le meilleur moyen qu'a trouvé le réalisateur américain pour mettre face à face ces protagonistes disparates. Du coup, le prenant à témoin - indiscret - de sa propre démarche, il fait du spectateur un troisième élément, catalyseur, qui renvoie ses images avec effet boomerang. C'est fou ce que c'est petit, en fait, un car, mais c'est fou ce qu'il peut s'y passer, à bien y regarder ! Voyage initiatique et révélateur, cette virée particulière déclenchera votre enthousiasme en remettant, chaleureusement, les pendules à l'heure de la tolérance. En somme, l'acceptation de l'autre et la reconnaissance de sa différence.