
L'opposition entre le déterminisme et la libre volonté. De deux choses l'une : ou bien le destin est préétabli, fixé d'avance ou en tout cas achevé d'évoluer à l'âge de cinq ans, d'après les freudiens, ou bien il existe un pouvoir d'orientation sur lui. Inspiré d'une anecdote de l'histoire de la psychanalyse relatant l'expérience de la psychologue pour enfants Hermine Hellmut von Hug, persuadée d'avoir décelé chez son neveu de cinq ans une prédisposition à l'homicide, Ruiz oscille sans cesse entre les deux écoles, en mettant en scène un jeune inculpé du meurtre de sa tante, René (Melvil Poupaud), face à son avocate Solange (Catherine Deneuve) qui obtiendra son acquittement en démontrant qu'il a été «manipulé» par une bande de spiritistes tendance satanique, entraînée par l'étrange Georges (Michel Piccoli). A elle maintenant de tenter d'«orienter» le destin du jeune homme. Mais René lui rappelant son fils mort dans un accident d'auto, puis amoureuse de lui et l'installant chez elle, le cercle vicieux de l'inéluctabilité va-t'il se refermer sur cette nouvelle proie ?
Tout en balançant, il est vrai, d'une hypothèse à l'autre, Raoul Ruiz semble cependant se ranger lui aussi du côté des freudiens... En mettant doucement en marche cette supposée «machine à tuer», il emprunte des chemins aussi tortueux que compliqués, dangereux que maléfiques, tout en ne perdant jamais de vue une sorte d'objectif principal : la question de responsabilité. Dans ce Jeu de l'Oie à l'envers, où la remontée du temps reste l'enjeu majeur, Deneuve, Piccoli et Poupaud excellent à nous mener par le bout du nez, à nous tirer par la manche pour nous diriger là où ils veulent. Sous la houlette du Maître, ils forment un trio macabre et dérangeant, déambulant tels des fantômes, dans une atmosphère lourde de menaces. Et si Freud avait raison ?