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Fleur du désert (Wüstenblume)

de Sherry Hormann

D’après l’autobiographie de Waris Dirie

Liya Kebede et Waris Dirie

A suivre l’histoire vécue par Waris Dirie, que le film romance à peine, on se croit dans un mauvais mélo chargé à outrance du côté du malheur, nous arrachant de chaudes larmes. L’excision et l’infibulation, toujours en vigueur en Somalie, d’où Waris Dirie est originaire, sont les pratiques les plus barbares jamais inventées pour mettre la femme et son désir -le continent noir selon Freud- au pas. N’oublions pas cette douleur réelle et indicible, qui brûlera à jamais dans les parties les plus secrètes de ces corps excisés et infibulés. Certes, cette petite fille a survécu à l’excision à la lame rouillée, à l’infibulation et aux douleurs atroces, mais c’est  parce qu’elle a pu dire non à un mariage arrangé avec un vieillard à l’âge de 13 ans et grâce à son caractère et à sa force intérieure. Car elle n’a pas voulu que d’autres décident encore une fois pour sa vie et à sa place. Donc elle s’enfuit, traverse le désert à pied et arrive à Mogadiscio, dans une famille qui s’arrange pour la faire partir en Angleterre où elle passera des années comme esclave domestique. Ensuite, le conte de fée, la carrière soudaine. Le top model aux cheveux crépus et au sourire enchanteur fait des ravages et révèle sa blessure au monde.

Sherry Hormann injecte une forte dose d’humour pour rendre les situations les plus dramatiques plus légères. On retiendra de ce film, qui ne sait pas trop se décider entre narration convenue et numéros de gags récurrents, la force de ses séquences muettes : La petite fille dans le désert, sa fuite éperdue, la jeune femme seule sur une place, où son image, un double lointain, effigie gigantesque, remplit les surfaces de publicité, alors qu’elle est seule et perdue, si loin de toute cette gloire. La chasse aux mariages blancs des services d’immigration et les situations cocasses pour les leurrer.

Le crime que dénonce Fleur du désert,  l’excision pratiquée sur des jeunes filles entre 3 et 5 ans, reste impuni dans la plupart des pays. Une des sœurs de Waris Dirie en est morte. C’est aussi pour elle qu’elle s’est décidée à lutter contre ces pratiques barbares. Son travail, son livre et ce film ont permis qu’elle puisse retourner vivre au pays, transformer son destin de victime en potentiel de lutte pour toutes les femmes excisées et infibulées.

Heike Hurst pour Jeune Cinéma