InterCineTh
Accueil
Films
Pièces
Interviews
Portraîts
Festivals
Galerie

La Reine des pommes

de  Valérie Donzelli

Béatrice de Staël et Valérie Donzelli

Petit film aux grandes ambitions non affichées d’emblée, mais qui se révèlent comme telles à l’arrivée : La Reine des pommes, un film frais comme la première gorgée d’eau après une traversée du désert, comme une chanson inconnue  qui ferait vibrer parce qu’elle n’invoque que des choses déjà ressenties. Un duo d’actrices remarquable, Béatrice de Staël et Valérie Donzelli : on affronte, s’amuse, interroge un certain Jérémie Elkaïm qui joue les rôles de Pierre, Paul, Jacques etc…, de tous les hommes en fait que Adèle investit et sur lesquels elle projette son idole qui l’a larguée. Excellente idée, pas seulement pour éviter de payer plusieurs cachets et un casting hors de portée pour ce film à l’allure improvisée, fait de bouts de ficelles, mais qui en réalité a été entièrement écrit et à plusieurs mains (Valérie Donzelli, avec la collaboration de Jérémie Elkaïm et Dorothee Sebbag). Il y a des scènes d’une candeur , qui feraient frémir s’il fallait les vivre, mais Adèle, jouée par la réalisatrice, n’a peur de rien. On pouvait lire sur des pancartes à une certaine époque : Accepte n’importe quel travail !  Adèle accepte n’importe quelle demande, quitte à réaliser que l’accepter la met dans des drôles de situations et qu’elle va vite se tirer avant de sombrer dans le ridicule. C’est vraiment très amusant. Quand Adèle mime une scène érotique torride face à un voyeur pervers qui lui a bandé les yeux, mais qui en fait n’est plus là pour la regarder, elle se prend au jeu, elle est réellement accrochée à ce genre d’aventures et fait absolument tout ce qu’on lui demande… Adèle compose avec tout, elle doit se détacher de son ami qui s’est tiré, elle doit coucher avec d’autres hommes, lui conseille son amie… et elle fait de son mieux. Elle invente le roman d’amour des autres, doit s’en aller pour réaliser que tout le monde vit des histoires qui se débinent, des amours qui ne durent pas, des séparations et des retrouvailles. La scène avec Laure Marsac, tournée à New York était prévue, à l’origine, à la fin du film. C’est ensuite qu’elle écrit l’histoire : Qu’Adèle doit se mettre à exister en dehors de cette projection et prendre sa vie en mains, est une banalité qui sert ici de fil conducteur à une histoire amusante et légère, chantée avec talent, musique et paroles de Valérie Donzelli, arrangement de Benjamin Biolay. Révélé par Locarno, le film a passé la barrière de la deuxième semaine. Allez le voir pour le faire tenir encore un peu. Le plaisir au cinéma est devenu tellement rare !            

Heike Hurst