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Le père de mes enfants
de Mia Hansen Love

« Si Humbert Balsan s’est suicidé, si G. S. est aujourd’hui ruiné, c’est parce qu’ils se sont rapprochés d’une zone chaude en voulant un beau jour faire des films comme les autres ». Anatomie d’un film, Jacques Mandelbaum Grasset, p.199.
La mort de Humbert Balsan est toujours un mystère, un fait entouré d’une nébuleuse de spéculations et d’affirmations souvent insoutenables. En tout cas, c’est un homme qu’on pleure encore et c’est de lui que parle le film. Sorte de figure paternelle pour la réalisatrice, car elle semble s’identifier à sa fille, il serait indécent de rajouter quoique ce soit au portrait d’un homme humainement merveilleux, abordable et disponible sous la pluie à Locarno comme n’importe où : il se souvenait de votre visage, de votre nom et il vous souriait et vous remerciait pour ce que vous aviez fait pour défendre ses films et ses auteurs. Aujourd’hui, comme le constate la citation mise en exergue, tout a changé radicalement. Plus personne ne se ruinerait pour l’épopée de la Porte du soleil ou un projet de Bela Tarr. Alors que sont nombreux ceux qui lui enviaient la spontanéité avec laquelle il avait produit le premier film d’une inconnue, Sandrine Veysset : Y aura-t-il de la neige à Noël ?, scénario dont personne n’avait voulu !
Mia Hansen Love a changé son nom et les noms de ses auteurs. Elle retrace simplement et avec une force tranquille une tranche de vie : de la faillite économique à la mort du producteur qui survient à la moitié du film.
Elle a trouvé un acteur pour l’incarner : un homme qui a presque cette même élégance dans les gestes, les paroles et son comportement au quotidien. Au début du film, une petite scénette donne la mesure de sa méthode pour le faire revivre. Il roule trop vite et se fait arrêter, voiture confisquée. Il n’a plus de points sur son permis, il sera rapatrié comme un Seigneur. Un incident au quotidien qui apporte un premier élément pour saisir le personnage, son calme et sa sérénité, la classe avec laquelle il affronte les avatars du quotidien. L’acteur Louis-Do de Lencquesaing restitue assez bien l’élégance du vrai Humbert Balsan et crée la distance nécessaire par rapport à un être peu ordinaire. Il s’en sort avec un naturel assez confondant, donne la réplique à sa propre fille, Alice de Lencquesaing, qui incarne l’adolescente toujours en demande d’amour et de proximité avec ce père accaparé par le cinéma. Il lui dit à un moment donné « quand te décideras-tu à être heureuse ? ». Elle fera quelque chose de ce programme de vie en allant au cinéma, en reprenant le flambeau à sa façon. Ce film est à la fois une restitution sensible proche du vrai personnage et totalement fictionnel. Il fait aussi un beau portrait de la femme du producteur et de sa détermination pour sauver ce à quoi Humbert Balsan tenait le plus : son catalogue. Elle s’engage à finir les films en cours pour ne pas ‘l’enterrer’ une deuxième fois. Comme l’a dit si bien Yolande Moreau le soir des Césars, où Quand la mer monte, produit par Humbert Balsan, fit un triomphe : où est-il passé, mon cowboy… qui va désormais produire mes films ? D’autres se poseront cette question. Comment continuer à faire des films qui sortent des sentiers battus, quand plus personne ne voudra prendre les risques que cet homme avait pris.
H.H. pour Le Monde Libertaire