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Qu’un seul tienne et les autres suivront
de Léa Fehner

Tout est parfait dans ce film. On n’y trouvera pas une seule image racoleuse, que des visions de près ou de loin qui ne cadrent que l’humain dans ses manifestations les plus déconcertantes et les plus fragiles. Pas une phrase de travers, pas un mot de trop. Comment une jeune femme réussit cet exploit ? En travaillant d’arrache pied, en s’immergeant pendant des mois et des années dans un travail proche du sujet du film. Ici, la détresse de ceux qui sont enfermés, celle de leurs compagnons, épouses, mères et filles. Car le film reflète cette réalité-là : les hommes sont derrière les barreaux et les femmes viennent les voir. Alors Un prophète, c’était du flan ? Non, mais c’est le film qui apprend beaucoup sur l’intérieur des prisons, les luttes de pouvoir, les ruses de survie et comment tricher pour ne pas sombrer. Alors que la caméra de Léa Fehner s’installe dans le sas des lieux de détention, entre le dehors et le dedans, note les cris de désespoir, enregistre toutes les raisons d’arracher quelque chose de la vie avant de retourner dans les cellules et à leur solitude. Des histoires croisées racontent les situations surprenantes de la vie où le hasard réunit des gens. Elles plaident la spontanéité et la beauté des rencontres. Les sursauts de révolte et les crises d’hystérie inévitables figurent aussi dans le film, mais ce n’est jamais ni exagéré ni arbitraire, seulement issu logiquement des situations.
Plusieurs histoires se croisent dans les parloirs, se croisent dans ces non-lieux aménagés pour aider les détenus à tenir et ceux qui sont dehors à ne pas perdre le lien. Les enfants pleurent, les femmes crient, les hommes ont toutes sortes de comportements. Que des acteurs exceptionnels, confirmation du talent de la très jeune Pauline (César du jeune espoir) découverte dans Le bel âge. Sobrement, elle marche avec ses baskets de footballeuse. Accrochée à son enfance, écartelée entre ses promesses de loyauté et ses doutes et la peur face à une maternité non choisie.
Heike Hurst