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A propos de DEMI-DIEUX 7.0

Pascal Adam (photo Véronique Blin)
Pascal Adam, auteur dramatique, signe depuis 2001 les mises en scène de la Compagnie « C'est la nuit », basée à Reims. Depuis 2005, après avoir collaboré en écrivant ou adaptant de nombreux textes pour d'autres compagnies régionales, il travaille au projet Tout faut, suite de pièces opérant une description en règle du monde contemporain. A ce jour, trois sont achevées : Tout faut, Pour une culture citoyenne ! et Spéculations, perspectives, cauchemar. Ensemble, nous avons parlé de Demi-dieux 7.0, sa dernière création.
Intercineth - Vous semblez aguerri aux techniques de l'informatique, sans que cela soit pour autant visible sur scène. Qu'en est-il exactement ?
Pascal Adam - Aussi loin que remonte ma mémoire, je crois que je n'ai jamais touché un jeu vidéo. Même pas un « Game Boy ». J'en ai vu, bien sûr, j'en ai entendu parler, mais ça n'a jamais été mon « truc » ! Cela dit, il est vrai que nous sommes de plus en plus envahis par les machines et ça, ça m'intéresse !
Le spectacle commence par la marionnette géante de Charlemagne agonisant, qui s'effondre peu à peu sur lui-même, tandis qu'une bande-son crachotante, fort usée, met dans sa bouche des paroles de plus en plus inaudibles. Quel est ce principe de départ, qui s'apparente à un écroulement ?
J'ai voulu concrétiser la fin de l'Ancien Monde, le passage vers le Nouveau. Cette bande sonore volontairement abîmée en est l'image. C'est la fin d'un règne, d'un pouvoir, d'une organisation. Le principe est le même pour toutes les marionnettes : de la petite tête au mannequin, en passant par la danseuse hybride, mi-comédienne, mi-poupée, elles ont toutes un traitement sonore particulier. Pour Charlemagne, l'enregistrement médiéval n'existant évidemment pas, on a dû réinventer cette emphase d'autrefois, un peu comme les discours gauliens d'il y a cinquante ans.
En fait, je voulais basculer dans le monde technologique qui est le nôtre aujourd'hui, sans jamais faire appel concrètement aux machines. Le pari de départ était de ne pas s'en servir, mais de les « traiter » précisément avec des techniques anciennes. D'où l'idée des marionnettes, technique ancestrale s'il en est.
J'ai compté pas moins de douze reprises du mot « matrice » dans votre pièce. N'êtes-vous pas particulièrement attentif à tout ce qui est originel, maternel, féminin, en somme ?
Je pense que tous les récits originels sont avant tout des fictions et les fictions, on ne cesse de les construire. La Genèse, par exemple, est certainement une fiction. Ce récit qui raconte l'origine du monde, correspond à un besoin de créer. Besoin de dire qu'à partir de ce moment-là, tout a commencé. En même temps, le terme matrice existe aujourd'hui en informatique, en technologie. Il y a ce film, Matrix, qui parle aussi des origines.
La prière chrétienne du « Notre-Père », récité intégralement, en français, torse nu et sans faute, conclut votre voyage. D'où vient cette idée étrange et à quoi correspond-elle ?
C'est ma petite surprise finale, ouverte à toutes les interprétations possibles de la part des spectateurs. Il se trouve que le personnage qui dit cette prière vient de tuer quelqu'un sur le plateau. Alors, rachat de la faute ? Blasphème manifeste ? Allez savoir ! Moi, je ne sais pas !
Propos recueillis par Véronique Blin