Patricia Arquette, ardente cow-girl

Dans The Hi-Lo Country, du Britannique Stephen Frears, la jeune actrice américaine est Mona, femme-enfant hésitante, ballottée dans le grand " West " entre trois hommes. Rencontre à Berlin avec une comédienne qui, elle, sait très bien où elle va

Entre son vieux mari riche (John Diehl), son jeune amant musclé (Woody Harrelson), et son ami d’enfance qui l’aime depuis toujours (Billy Crudup), on peut comprendre que Mona hésite et perde les pédales. Mais dans la vie, Patricia Arquette n’a pas le cœur qui balance : mariée au bouillant Nicolas Cage, avec lequel elle vient d’achever le tournage du prochain Scorsese Bringing Out the Dead, elle mène sa barque en tenant fermement la barre. Il faut dire qu’elle n’est pas seule dans le bateau et qu’elle a de qui tenir ! Née à Chicago de père et grand-père acteurs, entourée de Rosanna, Alexis et David, ses frères et sœur tous comédiens, on peut dire qu’elle est dans le bain ! Fine, élégante et racée, la blonde et féline Patricia nous invite à suivre ses yeux de chat.

Véronique Blin - Dans le film de Stephen Frears, vous donnez souvent l’impression d’être irresponsable, de refuser de grandir. Avez-vous eu peur vous-même de quitter l’enfance ?

Patricia Arquette - Grandir est difficile pour tout le monde. On est sans cesse confronté à des hésitations, puis vient le temps des choix. Ce serait tellement bon de rester toujours adolescent ! Dans le film, Mona est ainsi, c’est une gamine pleine d’appétit, elle a besoin de se sentir vivante. Elle ne s’est pas mariée par amour, mais pour survivre et ces deux autres hommes qui la désirent, à l’opposé l’un de l’autre, lui en donnent l’illusion. Cela dit, j’ai eu la chance, moi, de rester longtemps dans l’enfance : avec mes frères et sœur, dès tout petits, nous ne cessions de jouer, d’inventer, de créer des spectacles ensemble. Je me demande même si j’ai eu conscience de passer d’un âge à l’autre !

Le fait de tourner avec un réalisateur européen un film sur le grand mythe américain du western vous a-t-il gênée ?
Vous savez, ce qui est drôle, c’est que ce fameux mythe du far-west, des grands espaces et des cow-boys est le même pour tout le monde, nous autres américains compris ! C’est un rêve commun à la terre entière ! En plus, je connais des cinéastes américains beaucoup plus européens que Stephen et j’ai bien aimé sa façon de rendre l’atmosphère empoussiérée et lourde de ces régions. Sa technique colle à merveille à ce rêve-là. J’ai rencontré de vrais cow-boys il y a quelques années sur un autre tournage. Ils sont venus vers moi tout crottés pour me demander des autographes. J’ai dit O.K, vous avez un bout de papier ? L’un d’entre eux m’a dit : non, non, sur mon chapeau ! Ce qui fait qu’aujourd’hui, je sais que quelque part dans le désert, il y a un cow-boy qui se ballade avec mon nom sur sa tête ! N’est-ce pas un beau rêve de western, ça ?

De The Indian Runner, à vos débuts, à Lost Highway de Lynch plus récemment, vos rôles sont très différents. Comment travaillez-vous en amont, avez-vous une méthode ?
J’ai une règle absolue : ne pas trop s’identifier au personnage que l’on joue, sinon après, on a plus de mal à s’en séparer, à le quitter. Cela dit, j’ai des secrets plein la tête ! Je suis quelqu’un qui collecte énormément d’informations, sans en avoir l’air. Vous pouvez parfaitement me dire quelque chose en ayant l’impression que je ne vous ai pas écoutée, et bien des années après, je peux vous le restituer intégralement. J’ai une excellente mémoire sélective, pour les choses importantes. De là à parler de méthode... Je parlerais plutôt d’instinct !

Vous vivez aujourd’hui à Los Angeles. Vivre à Hollywood, capitale mondiale du show-biz, est-ce un endroit propice ou une gêne au développement harmonieux de votre vie privée, jointe à la vie professionnelle intense qui est la vôtre et celle de votre mari ?
Je crois que lorsqu’on s’engage dans la vie d’acteur, il faut s’attendre à ce que ça perturbe votre quotidien ordinaire et, partant, votre vie privée. Je pense surtout à Nicolas, en la matière : véritable star, il ne peut faire un pas dans la rue sans imposer à lui-même et aux gens qu’il croise un comportement qui n’a rien de naturel. Souvent contraint de se cacher, de faire des détours, cela peut parfois paraître, de l’extérieur, parfaitement ridicule ! Nous parlions tout-à-l’heure de rêve, de mythe, de fantasme. C’est vrai que pour certaines personnes, réussir à approcher, Cage, voire à le toucher, peut confiner à l’obsession ! Cela dit, paradoxalement, je pense qu’il est plus facile de vivre ça à L.A. qu’ailleurs. C’est tout de même La Mecque" du cinéma et les gens y sont davantage habitués à rencontrer des vedettes. Cela reste une contrainte, pas toujours facile à assumer, mais c’est aussi un choix de vie ; celui qu’on a fait.

Etre entourée d’acteurs dans votre famille, à tous les niveaux de parenté, est-ce une émulation ou un poids lourd à porter ?
C’est très stimulant ! En plus, on a la chance de bien s’entendre. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je me revois, à six ans, très fière de mon grand-père Cliff vedette et rôle-titre de Charley Weaver à la télé, à sept ans, de mon frère Alexis jouant son premier rôle. Comme en plus, on n’arrêtait pas, à la maison, de répéter, de s’entraîner, je crois qu’en fait il me tardait de m’y mettre et d’en faire autant !

Qu’attendez-vous, en priorité, d’un réalisateur qui vous dirige ?
Qu’il laisse l’acteur exprimer ce qu’il y a de vrai en lui et qu’il prenne ce qu’il lui donne, en fonction, bien sûr, du script qu’il lui confie. Il n’y a rien que je déteste autant qu’un cinéaste qui commence par vous dire : fais attention, ne dépasse pas tes lignes, mets-toi dans la lumière de telle et telle façon, regarde la caméra, non, ne la regarde pas, montre-nous ton autre profil, baisse la tête, ouvre la bouche, etc... Avant même de vous laisser entendre pour quelles raisons ils vous ont choisie, ils vous utilisent d’abord comme objet de représentation. A l’ère de l’informatique, ils n’ont qu’à prendre des personnages virtuels ! Ce serait plus simple pour tout le monde ! En général, du reste, ce sont de mauvais réalisateurs qui agissent comme cela. Il y a tout de même une justice !

Il est vrai qu’on vous voit mal, et la famille Arquette avec vous, tenir dans une disquette d’ordinateur !
Il n’y a pas de doute, j’ai ce métier dans mes gênes ! J’espère, sans trop de "virus" !

Propos recueillis par Véronique Blin

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