Sabine Azéma au pays des merveilles

" Que la fête continue ! "

" Quand le chat sourit " est le premier film de fiction qu’elle réalise, après son très beau documentaire sur Doisneau, toujours pour " Arte ", cette fois dans le cadre d’une soirée sur Lewis Carroll. Pour nous, la brune féline a lissé ses jolies moustaches et nous offre le plus craquant des sourires

Elle adore la Tour Eiffel : " Je l’ai dans l’œil depuis que je suis née !", nous confie-t-elle en riant. Sur la rive droite de la Seine, où elle habite toujours, elle ne quitte pas du regard la jolie Demoiselle, en dépit de ses nombreux déménagements : " Aujourd’hui, je l’aperçois toujours de mon balcon ! ". Curieux, pour cette nomade militante, d’avoir ainsi besoin d’un vrai point de repère... Car Sabine Azéma n’est attachée à rien, hormis quelques objets, cadeaux de ceux qu’elle aime. Ivre de liberté et d’indépendance, elle tient à tout découvrir chaque jour, " comme un premier matin ". Douillettement installée dans les jolis fauteuils de l’hôtel de La Trémoille, tout proche de chez elle dans le huitième arrondissement de Paris, elle nous a confié son amour de ces lieux de " passage ", où la convivialité chaleureuse le dispute à l’incognito librement consenti. Cette ancienne élève de Vitez au Conservatoire, qui nomme Anouilh pour premier " maître " et a failli débuter au cinéma avec Bertrand Tavernier qui l’avait pressentie pour Que la fête commence !" (elle le retrouvera plus tard dans " Un dimanche à la campagne "), nous entraîne dans sa danse, pour que la fête continue ! ". Elle qui vient de nous régaler avec son rôle bouillonnant d’" On connaît la chanson ", le si merveilleux film d’Alain Resnais, nous dit ses préférences et ses fidélités. A l’occasion de cette première fiction imaginée par elle sur les traces de Lewis Carroll, ses propres traces en fait, rencontre avec une femme joyeuse, qui fut une petite fille très dissipée.

Véronique Blin - Qui est ce chat souriant qui donne son titre à votre film ? Est-ce une commande d’Arte ou le fruit de votre imagination?
Sabine Azéma - Ce chat existe, mais je l’ai inventé... J’ai écrit cette histoire bien avant que la télévision s’y intéresse ! Dans mes moments de loisirs, le moindre instant de liberté est consacré à l’écriture. Au cours de mes voyages, et je voyage beaucoup, j’ai toujours un carnet de notes avec moi où je raconte mes découvertes et mes rencontres, comme celle de Marie Mercier, la chapelière ou celle de la cosmonaute Claudie Andrée Dehays. Comme Alice, en fait !, qui rencontre des personnages fantastiques dans toutes ses aventures ! Cela dit, si vous me proposer d’entrer dans un spoutnik, j’avale immédiatement du cyanure ! Quant à ce chat, celui de Lewis Carroll s’appelait " Cheshire " et souriait pour de vrai. Il effrayait les Écossais de l’île de Man, avec ses moustaches en rictus... Il va bien dans mon histoire, qui est une sorte de fausse biographie, un jeu de comédienne que j’ai réalisé en toute liberté, avec une toute petite équipe. J’ai imaginé mes amis dans des rôles amusants : André Dussolier en vagabond magnifique, Lambert Wilson en anglais d’Oxford, Jane Birkin en elle-même... Ma manière à moi d’aller à la rencontre de Lewis Carroll.



Votre fidélité à certains " maîtres " est légendaire et votre complicité avec eux, primordiale. Votre attachement aux " personnes " ne passe-t-il pas avant l’engagement professionnel ?
Depuis toute petite, c’est pareil ! Avec mes professeurs à l’école, je ne voulais m’impliquer que si c’était pour faire quelque chose avec d’autres. Etre engagée sur un film juste pour faire du cinoche, ça ne m’intéresse pas.

Comme Alice, vous semblez toujours émerveillée de tout. Quelle petite fille avez-vous été, pour garder aujourd’hui cette fraîcheur, cet enthousiasme, cet appétit ?
J’étais très dissipée, très espiègle, très culottée, mais pas chipie. Très coquine en somme et un peu garçon manqué sur les bords, mais il faut dire que j’ai grandi sans aucun garçon ! Le lycée Racine était un lycée de filles, je n’avais que des copines ! Je rêvais d’être cascadeuse, ou athlète de haut niveau, pour faire les J.O. ; je suis très sportive de nature. Mes premières émotions sont ces balades que j’aimais faire sur les quais, pour aller voir les bouquinistes et traîner, loin du regard des parents...

Vous si active, vous aimez la flemme, le farniente ?
Je leur voue un véritable culte. Autant je peux carburer à fond, auquel cas on ne peut plus m’arrêter, mais j’aime, avant de démarrer, " prendre le temps" Voyager, c’est quoi ? C’est vagabonder, sans horaires, mais avec toujours dans la tête un but à atteindre, un projet en mouvement. La flemme, pour moi, est le contraire de ne rien faire, c’est juste prendre du recul. Je déteste me coucher tard et me lever tôt, sauf en tournage à l’étranger, où je suis toujours la première levée et la dernière couchée ! Mais en général, si j’ai un souci, je vais au lit et si je dors beaucoup, ce n’est pas bon signe du tout !

Vous avez la réputation de n’être attachée ni aux objets, ni aux lieux. D’aimer les voir chez les autres. Est-ce vrai ?
C’est toujours ce besoin de liberté ; je n’aime pas être envahie, on étouffe très vite avec trop de choses. Je ne possède rien, à part quelques souvenirs, des cadeaux de mes amis, notamment ce dessin de Floch’, l’illustrateur, entre autres choses, du générique de " On connaît la chanson "; un dessin de moi en rigolote.
C’est la même chose pour les lieux, je n’aime pas " rester " quelque part, j’ai besoin de pouvoir partir à tout moment. C’est pourquoi j’aime tant les hôtels, où l’on est à la fois libre et entouré, on fait tout pour vous, c’est délicieux !


Entre le cinéma et le théâtre, où va plus volontiers votre cœur ?
La caméra est impudique, elle vous " vole " des choses que quelquefois vous ne soupçonniez pas et j’adore ça ! Ce jeu très intime entre elle et moi, c’est une mise à nu extraordinaire, qui ne permet pas de tricher. A la différence du théâtre, on ne recommence pas éternellement la même scène ; elle est vivante tout de suite, elle existe dans l’immédiateté et je n’en choisis pas le moment. Je pense à Doisneau en disant cela : cet homme fantastique à tête d’oiseau, fixait des instants magiques avec son appareil photo, des moments de vie pris au vol, c’est le cas de le dire ! Resnais est comme ça également, c’est aussi un grand " regardeur " !

Où vous mènent aujourd’hui vos pas ?
Je rêve de nouveaux voyages, vers l’Islande par exemple. J’ai adoré le Maroc et l’Italie, mais cette nature désertique ! Le temps s’arrête, ma vie à Paris n’existe plus, le temps suspendu... J’ai aussi envie de nouvelles rencontres, je suis en attente d’autres aventures. Je sens que quelque chose va m’arriver, je ne sais pas quoi, ni avec qui, mais je suis dans les " starting-blocks". Alors, mesdames-messieurs les réalisateurs ou metteurs en scène, à vos agendas ! Le mien est grand ouvert !

Propos recueillis par Véronique Blin

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