Romane Bohringer, l’amoureuse

Dans Vigo, histoire d’une passion, de Julien Temple, elle est Lidu, compagne, muse et amour fou du grand cinéaste Jean Vigo. A l’écran, sur scène, comme à la ville, Romane est une passionnée. Saluons la fête des amoureux en compagnie de cette comédienne de feu

Sur la plage dinardaise, où elle défendait - dans le cadre du Festival du Film Britannique - les couleurs de la passion selon Temple, son regard bouillant et ses longs cheveux bruns déployés au vent marin nous ont parlé d’amour. Tout comme pour l’étonnant premier film de Bertrand Bonello découvert avec bonheur en novembre, Quelque Chose d’organique, "sorte d’OVNI amoureux" nous a-t-elle confié, ce bel Objet Volant Non Identifié qu’est aussi Romane Bohringer traverse à tir d’ailes notre univers cinématographique et théâtral. Secrète et sensuelle, physique et instinctive, cette comédienne inclassable joue comme elle respire : à grandes bouffées, qui vous chavirent...


Véronique Blin - Petit film intimiste d’Art et Essai ou grand spectacle populaire, qu’est-ce qui compte à vos yeux ?
Romane Bohringer - Le plaisir ! Titanic, c’est comme un miracle. James Cameron, qui a écrit, produit et réalisé ce film incroyable, le portant à bout de bras pour le faire dévorer des yeux avec passion dans le monde entier par des millions de personnes, c’est vraiment très fort ! Je ne connais pas d’exemple dans l’histoire du cinéma d’une réussite aussi sensationnelle !

C’est important, pour vous, cette notion de rassemblement unanime autour d’un film ou d’un spectacle ?
C’est l’idéal, notre rêve à tous, de plaire à tout le monde. Mais en même temps, comme je suis une spectatrice très éclectique, je peux faire des films que personne, ou peu de gens, vont aller voir... Je vais beaucoup au cinéma, il est l’un de mes meilleurs amis. Dans la journée, le soir, heureuse ou déprimée, seule ou accompagnée, il y a toujours une salle de cinéma à proximité et un miracle peut arriver. J’aime tout, au cinéma : acheter mon ticket, mon bol de pop corn, un esquimau à l’entracte, tout !

Avez-vous le sentiment d’une double responsabilité de comédienne, du fait que beaucoup de vos rôles ont été pensés, écrits pour vous ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, peu des rôles que j’ai joué ont été écrits pour moi. Ni Les Nuits Fauves, ni L’Accompagnatrice ou L’Appartement. Pas même Mina Tannenbaum, qui est pourtant sans doute le film le plus autobiographique que j’ai fait ! C’est celui qui m’a procuré le plus grand choc de proximité quand je l’ai lu. J’ai vraiment eu l’impression que quelqu’un s’était penché à ma fenêtre et avait regardé à l’intérieur de moi... En fait, elle (Martine Dugowson) avait choisi une autre comédienne, avec qui ça n’a pas marché, elle a refait le casting et voilà ! On est sûrement plusieurs milliers à ressentir les mêmes histoires. J’avais l’impression que c’était la mienne, il y avait des bribes de mes obsessions familières, mais c’étaient d’abord les siennes !

Et cette urgence, très présente dans Vigo, urgence d’aimer, de vivre, de mordre le temps, n’est-elle pas aussi proche de vous ?
Je ne suis pas quelqu’un d’organisé, de réfléchi, qui arrive à planifier son agenda de façon précise. En un mot, je suis éparpillée et ma seule manière de faire les choses dont j’ai envie, c’est de les faire dans l’urgence. Parfois, j’aimerais être différente, m’améliorer, avoir plus de recul par rapport à mes engagements de tournage, travailler avant, mais mon caractère et mon mode de vie m’imposent cette façon de faire ; c’est comme ça !

N’y a-t-il pas un petit lutin rôdeur autour de cette réponse, qui pourrait s’appeler sentiment de culpabilité ?
Ne pas travailler avant, c’est ma manière de m’engager. Il y a peu de gens qui pourraient dire le contraire, à mon avis pas : quand j’adhère à un projet, je m’y lance à fond, toute entière. Je n’intellectualise rien, je fais tout d’instinct, quand je joue comme dans ma vie. En même temps, ça fait mal, parfois, de se retrouver nue sous le regard des autres...

Surtout, peut-être, lorsque l’on est la fille de quelqu’un de célèbre et qu’on embrasse le même métier que lui ?
J’ai eu la chance énorme, inouïe, qui fait que je n’ai pas eu à me poser la question, de démarrer tout de suite avec un vrai rôle, en tête d’affiche, pour un film qui a eu le destin que l’on sait... (Les Nuits Fauves NDLR). Si j’avais débuté par des apparitions sporadiques, de film en film, on aurait pu se dire " Tiens, la fille de Richard Bohringer, voyons ce qu’elle donne, etc... ". En démarrant ainsi, en force en quelque sorte, on a pu me juger moi, d’emblée. Cela dit, même s’il est parfois difficile d’être embarquée sur le même bateau que lui, de connaître ses chagrins et ses joies, de savoir qu’il les a expérimentés alors qu’il me reste à les découvrir, je suis très, très fière d’être sa fille. C’est un homme formidable !

N’allez-vous pas, justement, bientôt marcher dans ses pas ?
Si ! Je suis ravie de mon cher papa, car je débute sur le plateau de Charles Maton, avec lequel il a fait deux films, le tournage d’un long-métrage sur Rembrandt. Et, comme d’hab’, j’y vais à fond !

Propos recueillis par Véronique Blin


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