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CONVERSATION AVEC BEN GAZZARA


Pour l’heure, cette grande figure du cinéma indépendant américain entame, pour le théâtre, les répétitions d’un one-man-show où il incarne, dans une pièce de Thomas Lyseght écrite autour d’une idole mythique du base-ball U.S, le célèbre athlète Yogi. « Nous la jouerons pour commencer à Long Island », nous confie-t-il, « si ça marche, alors nous viendrons à Broadway !».
Egérie de l’immense et regretté John Cassavetes, à l’instar de Seymour Cassel ou Gena Rowlands, avec lequel il tourna quatre films culte : «Husbands», «Faces», «Meurtre d’un bookmaker chinois» et «Opening Night», ce fils d’immigrés siciliens grandit à New York, dans le quartier pauvre de l’East-Side. Entassée dans un petit appartement sans eau chaude, dont le bac à douche était situé dans la cuisine, sa famille aurait aimé le voir devenir ingénieur… Mais, à douze ans, une première expérience théâtrale réussie au «Boys’Club» du coin lui donne des ailes : il veut être comédien. Après de courtes études techniques, il entre à la «New School for Social Research» d’Erwin Piscator, dans la section Art Dramatique, avant de franchir les portes du fameux Actors’Studio. La suite, on la connaît : avec quelque cinquante-huit films à son actif, parmi lesquels, pour les plus récents, on peut noter «The big Lebowski», «La prisonnière espagnole», «L’Affaire Thomas Cown» ou «Blue Moon», auxquels il faut adjoindre des séries télé phare, ce baroudeur de la péloche n’a pas fini de nous éblouir !
Nous l’avons rencontré à New York, dans le cadre du 9e Avignon/New-York Film Festival de notre ami Jerry Rudes, où il nous a fait l’honneur de quelques confidences…


InterCineTh - Le cinéma «indépendant», dont vous êtes l’une des brillantes figures, était-il un choix de départ ou le fruit de circonstances ?
Ben Gazzara – Je défie qui que ce soit de refuser l’argent qui lui serait offert pour réaliser un film ! John (Cassavetes ndlr) le premier aurait été ravi que les Majors (Grands Studios ndlr) s’intéressent à lui ; il n’aurait pas craché dessus ! Seulement voilà, les grandes compagnies se méfiaient de cet original qui ne voulait rien faire comme tout le monde, encore moins se soumettre à leurs décisions. Le prix à payer fut très cher pour John, puisqu’il a investi son propre argent jusqu’au dernier centime. Mais c’était aussi celui de sa liberté, car il était alors seul maître à bord, pour contrôler ce qu’il faisait ; il n’avait de comptes à rendre à personne qu’à lui-même. Quand il avait des sous, il les réengloutissait aussitôt dans son futur projet ; quand il n’y en avait pas, il faisait avec… c’est-à-dire avec rien, trois bouts de ficelle et l’amitié de son entourage. Et vogue la galère !


- Comment vous êtes vous connus, avec John Cassavetes ?
- Au départ, nous n’étions pas du tout amis. Je ne le connaissais pas, lui m’avait vu dans un ou deux films et apparemment, je lui ai plu. Je travaillais à l’époque chez Universal ; il a demandé à me voir, nous nous sommes rencontrés à trois reprises et un jour il m’a dit : «ça vous plairait de jouer dans mon premier film ? Je n’ai pas un sou, mais un beau projet et l’envie tenace de le réaliser. Viendriez-vous dans ma barque, courir ce risque avec moi ? J’ai aimé son énergie, sa volonté farouche. Trois semaines plus tard, nous commencions le tournage de «Husbands». Après, on ne s’est plus quittés…


- Quels sont les cinéastes qui vous tentent aujourd’ hui ?
- Lars von Trier, par exemple, peut-être parce qu’il me rappelle John, justement. Lui n’est hélas plus parmi nous, mais Lars a cette même exigence, cette même volonté d’aboutir, la même rigueur dans son travail. Nous nous sommes déjà rencontrés plusieurs fois et j’ai d’ailleurs un beau projet avec lui…


- Monter tout seul sur les planches, au théâtre, c’est une Première, pour vous ?
- Cela m’est arrivé une fois, il y a fort longtemps, pour un spectacle comique, mais interpréter Yogi est une toute autre responsabilité ! Pensez que cet homme est une véritable star, ici ; endosser son portrait est plutôt culotté ! J’appréhende un peu, d’autant que sa famille et ses proches sont aux aguets, pour voir si l’on ne commet pas d’erreurs. On verra bien ! En attendant, ça me passionne !


- Qu’avez-vous envie de faire demain ?
- I’m ready to go ! Je suis prêt à foncer !

Entretien réalisé par Véronique Blin (Avril 2003 )