Roland Giraud : " La prochaine fois, je vous le chanterai ! "

Dans " Soleil pour Deux " de Pierre Sauvil, au théâtre Montparnasse à Paris, il fait un malheur jusqu’aux fêtes au côté de Géraldine Gassler. Pour Intercineth, ce comédien plein de soleil, qui rêvait de devenir chanteur, fait une pause entre deux gammes

Avec lui, on rit toujours beaucoup. Dans sa loge du Théâtre Montparnasse où il nous recevait, Roland Giraud a commencé, avant d’entrer en scène, par nous jouer le tour du bricoleur, en scotchant une cassette en principe interdite de surimpression... C’est donc à un enregistrement top secret que nous convie ce touche-à-tout magnifique.

Véronique Blin - " Soleil pour Deux ", c’est un titre de pièce qui vous va bien, non ?
Roland Giraud - D’abord, j’ose espérer que c’est du soleil pour tous ! Je me place toujours en tant que spectateur, quand j’accepte un rôle, non pas pour celui-ci, mais par rapport à l’histoire qu’il sous-tend. Ensuite, c’était un challenge pour moi : c’est la première fois que je joue une pièce à deux personnages. C’est comme un one man show à deux, on ne peut se permettre de décrocher une seule seconde. J’aime cette responsabilité-là. Alors, du soleil, oui, mais de l’ombre aussi, car la pièce oscille sans cesse entre le rire et l’émotion.

A propos de soleil, qu’évoque pour vous ce mot ?
C’est le contraire du froid ; la chaleur et la lumière en même temps. Il y a dans le mot soleil quelque chose qui brille ; dans celui d’ombre, quelque chose de sombre. A la différence du cinéma, où les artifices sont nombreux pour " rattraper " les erreurs, au théâtre il faut briller tout de suite, sinon c’est foutu. On a deux heures pour le faire : on est bon, les gens reviennent ; on est mauvais, ils foutent le camp. Comme le disait Jouvet : " Au théâtre, on joue, au cinéma, on a joué ! ".

Quelle est la part du rire dans votre travail ?
Savez-vous que 70 % des succès théâtraux sont des pièces comiques ? Les gens ont avant tout envie et besoin de rire. On ne peut pas leur en vouloir, il ne faut pas oublier que le rire est une purge et je m’adresse là à nos amis médecins ! Pendant la guerre, on entendait souvent : " Une banane = un beefsteak ! ". Il en va de même pour le rire ; c’est un très bon médicament, c’est excellent pour la santé ! Mais ne nous y trompons pas, c’est beaucoup plus difficile de faire rire que de faire pleurer !

Et dans votre vie ?
Essentielle. Les gens avec lesquels je ne ris pas m’ennuient et je les plains énormément. Il y a suffisamment d’événements pas drôles du tout dans la vie pour qu’en plus on ne rit jamais ! Cela dit, je pense qu’on ne peut pas rire de tout. Un pédophile ne me fera jamais rire, un tueur de vieilles dames non plus. Mais j’adore aller dîner chez les copains pour rigoler, ou qu’ils viennent chez moi pour rire ensemble.

Comment avez-vous grandi ?
Je suis provençal de race, de père et mère d’Orange et Carpentras; marocain de naissance et par hasard, mon père, fonctionnaire des PTT, ayant été nommé là-bas. J’ai aussi un grand frère, de dix ans mon aîné, qui est médecin, a épousé une femme médecin, avec des enfants qui sont tous médecins aujourd’hui, ce qui fait qu’on est très bien soignés dans la famille ! Ils ont une grande clinique en province, au moindre problème, j’y fonce, y suis parfaitement traité et y fait traiter beaucoup de mes amis ! C’est un petit peu loin, mais comme dit mon frère : " ici c’est aussi bien, sinon mieux, plus rapide et moins cher qu’à Paris ! ".

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance au Maroc ?
Très peu. J’étais tout petit quand mon père, de retour des " colonies ", a été nommé à Montauban, puis à Périgueux, dix ans dans chaque ville. En fait, je suis un gars du midi élevé dans le sud-ouest. A vingt ans, j’ai fait partie de la dernière classe de troufions expédiée en Algérie pour le service militaire... Ensuite, je suis " monté " à Paris pour essayer de faire l’artiste...

Quel a été, précisément, votre premier travail dans la capitale ?
Figurant choriste au Théâtre du Châtelet, car je voulais être chanteur au départ. J’ai très rapidement gagné ma vie. Comme je vous l’ai dit, j’ai un réflexe de conservation très fort et une volonté indécrottable. Je passais 250 auditions par semaine ; à ce rythme, j’ai fini par être pris ! Ensuite, j’ai suivi des cours d’art dramatique et, comme je n’étais pas du tout connu, j’ai fait beaucoup de tournées. C’est ainsi que j’ai rencontré le café-théâtre, et Coluche, qui était un ami... On a formé une troupe, avec Lamotte, Lanvin, Anémone, Balasko et tous ces gens-là, le Splendid et ses succès, puis on a fait des films ensemble, " Le Père Noël est une ordure ", " Papy fait de la résistance " etc... On nous a proposé des rôles plus importants au cinéma et c’est par le cinéma que je suis revenu au théâtre, il y a une dizaine d’années, par la grande porte en quelque sorte ! Si je ne pouvais plus en faire, je serais très, très malheureux, parce que le théâtre, c’est la vie !
Il est vrai que vous avez une très belle voix. Comment est née chez vous cette envie initiale de chanter ?
Je vous remercie beaucoup ; la prochaine fois, je vous le chanterai ! Cette envie est née grâce aux Compagnons de la Chanson. Vers quinze ans, un de mes très bons copains était le fils de l’un d’entre eux. Ils ont vraiment été le détonateur ; je me souviens, quand ils passaient en tournée à Périgueux, c’était magique ! Ces messieurs qui avaient l’âge de mon père et qui poussaient la chansonnette, je trouvais ça merveilleux ! Fasciné, je voulais faire comme eux plus tard. A l’époque, j’étais baryton ; aujourd’hui, je suis plutôt baryton basse, baryton martin comme on dit. On m’a souvent proposé de jouer dans des comédies musicales, mais je préfère chanter dans ma salle de bains... Même si j’ai une immense admiration pour des Montand, Aznavour ou Adjani, je préfère être un comédien qui chante qu’un chanteur qui joue !

Y a-t-il des rôles que auriez rêvé de jouer et que vous avez "loupés" ?
Oui, celui du Pasteur dans " La Symphonie Pastorale"... Je n’ai en revanche jamais été tenté par les grands rôles classiques du Répertoire : les gens connaissent le texte par cœur et ils supposent un tel exercice pour se distinguer des interprètes célèbres qui ont gravé leur nom dans le marbre ! Non, je préfère inaugurer, partir à la découverte de personnages nouveaux.

Des projets en perspective ?
Oui, deux au cinéma, dont un à l’écriture : l’histoire américaine d’un mec qui se prend une balle dans la tête et qui devient... Nick Talopp ! Tout un programme !

Propos recueillis par Véronique Blin

Retour aux interviews

Retour page d'acceuil