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Catherine Toussaint et François Cancelli

Metteuse en scène et comédien

nous parlent des « BISCUITS ROSES »

concoctés sur des textes de Franz Bartelt

Co-fondateurs, en 1995, de la Compagnie « La Stada », à Troyes en Champagne, Catherine Toussaint et François Cancelli sont alternativement metteur(se) en scène ou comédien(ne) des pièces qu'ils montent. Prochainement, pour la première fois depuis quatorze ans, ils vont jouer ensemble un spectacle mis en scène par un autre. Pour l'heure, c'est autour de Catherine de mettre en scène et donner chair à ces savoureux Biscuits roses qu'en pâtissière habile, elle a su cuisiner sur des pièces courtes de Franz Bartelt, pour nous les faire déguster par l'interprétation complice de François Cancelli et Jean-Luc Debattisse.

François Cancelli et Jean-Luc Debattice (photo J. Philippot)

Intercineth - Comment avez-vous choisi, parmi les nombreux textes écrits par Franz Bartelt, ceux qui allaient construire votre projet ?

Catherine Toussaint - Franz Bartelt nous a confié une centaine de pièces courtes inédites que François, Jean-Luc et moi avons lues à plusieurs reprises, en nous réunissant maintes fois pour construire le spectacle que vous voyez aujourd'hui. Le choix des textes induisant le choix de la mise en scène, l'épuration s'est très vite fait sentir comme primordiale, précisément pour découvrir la substance de ces fameux « Biscuits roses ». On a fait de la haute couture, du ciselage ; on a séparé certains textes en trois séquences, en avons raccourci d'autres, Franz nous ayant laissé une liberté d'adaptation totale.

Nous l'avons rencontré au milieu des répétitions, pour lui montrer la forme que nous avions choisie. Il a été très surpris de redécouvrir certains textes, tant il en a écrits ! C'est une matière infiniment savoureuse pour un metteur en scène, mais en même temps, pour ne pas tomber dans le piège de la pièce à sketches, on a été contraints à une rigueur énorme au niveau du jeu des acteurs, des silences à l'intérieur de chacun des textes. On ne pouvait pas non plus partir sur une rythmique précise et constante, mais adapter une musique particulière à chacun d'entre eux.

Franz n'est pas du tout connu en théâtre. Il vient d'avoir le Goncourt de la nouvelle, a de nombreux ouvrages édités chez Gallimard, mais aucun en tant que dramaturge. Nous aimerions le faire connaître en nous trouvant un éditeur pour ce nouveau travail que nous avons appelé « Les biscuits roses », en hommage à notre fameuse pâtisserie régionale, indissociable du célèbre breuvage champennois !

François Cancelli - Ce qui est important, c'est qu'à travers des mots d'une banalité déroutante, anodine, se cache une profondeur existentielle, métaphysique. Tout ce verbiage accumulé sert à combler le vide.
Il y a trois obsessions chez Bartelt : les saucisses, le vide et l'âge, au sens du temps qui passe. Ce vide, qui revient dans bon nombre de saynètes, nous a en quelque sorte servi de fil rouge dans la construction du spectacle.

Avez-vous pris en compte, dans votre mise en scène et dans votre jeu, le fait que l'humour par l'absurde ne passe pas forcément la rampe ? Avez-vous craint que, parfois, le public ne « suive » pas ?

Catherine Toussaint - Je pense que plus l'absurde est poussé à son paroxysme, avec le plus grand sérieux, plus il a une chance de faire au moins sourire. Je dirais même que certains textes ne prêtent pas forcément à rire. Dans « Égalité », lorsqu'il dit que les noirs sont plus près de la nature, c'est un moment cruel ; il y a aussi beaucoup de cruauté, mais c'est une tendre cruauté.

Tout ce que l'on entend pendant ce spectacle, on peut l'entendre dans la rue, mais on ne l'écoute pas de la même façon. Sur scène, on va surligner ce que l'on entend d'ordinaire sans y prêter attention ; on n'attend pas forcément le rire.

François Cancelli - C'est une question un peu délicate parce que, comme nous sommes deux sur scène, on pourrait penser qu'il y en a toujours un plus fort que l'autre, plus intelligent ou quoi que ce soit. Mais Catherine nous a beaucoup bridés là-dessus et c'est un peu la clé de l'ensemble. Parce qu'on aurait tôt fait de tomber dans la caricature et donc, dans le ridicule, ce qui n'est pas du tout le propos.

Bien sûr, surtout au début, nous avions Jean-Luc et moi des fous rires irrépressibles lorsqu'on se regardait dans les yeux pour des dialogues à priori absurdes que l'on devait échanger avec le plus grand sérieux. Mais à y regarder de plus près, ces textes portent bien autre chose et alors, c'est tout simplement jubilatoire !

Propos recueillis par Véronique Blin