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Rencontre avec William Wellman Jr

Tandis que la pluie martelle les carreaux, le petit salon du Roger Smith Hotel, au 16e et dernier étage du bel immeuble, est un havre de paix où, confortablement installés autour d’un café, William Wellman Jr. et moi-même devisons gaiement. Vedette de la soirée hommage de la veille, rendu à son père avec la projection de " Wings " au Symphony Space de New-York, à mi-parcours du 9e Avignon/New-York Film Festival, le fils du grand réalisateur, lui-même acteur et producteur, me fait l’honneur d’un point détaillé sur ses travaux en cours.

Intercineth – Quelle implication est la vôtre dans la vie de votre père et quelle place prend-elle dans votre carrière personnelle ?
William Wellman Jr. – Depuis vingt-cinq ans, je travaille à restaurer la mémoire de mon père et à lui accorder la reconnaissance qu’il mérite. Même à Hollywood, la Mecque du cinéma, où les gens sont sensés savoir de quoi ils parlent, nombreux sont ceux qui ne connaissent que six ou sept films de lui, alors qu’il en a réalisé 76, pendant près de quarante ans ! Des westerns aux drames, des comédies aux films de guerre, c’est impressionnant ce qu’il a accompli !
Bien sûr, des films culte comme " Beau Geste " ou " A Star is born " sont restés gravés dans les mémoires, mais je vous assure que la plupart des autres valent aussi le détour !
- Vingt-cinq ans, c’est beaucoup de temps consacré à ce travail. Comment vous organisez-vous ?
- Je n’y travaille pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre, évidemment, mais c’est tout de même une bonne part de mon activité. Entre le documentaire " Wild Bill, Hollywood Maverick " de Todd Robinson que j’ai co-produit en 98, le long métrage de fiction en projet et le livre énorme que je lui consacre, en cours d’écriture, vous pouvez me croire, je ne chôme pas !
- A propos de ce livre, justement, qu’en est-il exactement, en quoi consiste-t-il ?
- J’en ai déjà écrit cinq chapitres, mais suis loin d’avoir terminé ! Outre les années de recherches dans les archives cinématographiques des "Majors" (Grands Studios américains, ndlr), c’est surtout l’homme qui m’intéresse dans cette aventure d’écriture. Je me suis attaché à décrire sa vie privée au quotidien, à travers la mienne, à ses côtés. Bien sûr, je parle de ses films, mais derrière le cinéaste, c’est d’abord l’homme qu ‘était mon père que j’ai voulu raconter, le personnage dont je partageais la vie.
- C’est du reste la première fois que je vois un documentaire qui offre à ce point l’occasion de connaître un homme au-delà de son œuvre.
- C’est le plus beau compliment que vous puissiez me faire, car tel était mon but. Grâce à mes deux complices, Todd et Ken Carlson, co-producteur, je pense qu’il est atteint : permettre aux gens de découvrir, derrière le réalisateur, l’homme qu’était mon père.
- Un rendez-vous, une date pour ce livre, ou encore une longue route devant vous ?
- J’espère ne pas avoir à attendre vingt-cinq autres années avant de le voir publié ! D’après mon agent, un éditeur très important est sur le point de faire une offre… Bien sûr, je rêverais avoir les moyens de m’asseoir tranquillement à ma table de travail pour continuer et finir de l’écrire, même sans éditeur ! Mais je ne peux me le permettre, je ne suis pas Crésus ! Non, pour poursuivre, j’ai vraiment besoin d’un soutien financier. A bon entendeur…

Good luck, Bill !

Propos recueillis par Véronique Blin (Avril 2003)