Solveig Anspach : " Godard a dit Le documentaire, cest ce qui arrive aux autres, la fiction, cest ce qui marrive à moi "
Documentariste dorigine, cette ancienne élève de la FEMIS signe, avec "Haut les coeurs", son premier long métrage de fiction. " Depuis toute petite, je voulais faire des films, mais je ne savais pas très bien quoi... Avec Emilie Deleuze, dans ma promotion, on était 30 filles sur 40 élèves ! Cest la première fois que ça arrivait ! Avant, il ny avait que des garçons, ou presque ! Jy ai vu un documentaire américain de Barbara Copell, qui sappelait "Harlan County USA", sur une grève de mineurs ; ça a été une révélation. Jai commencé par "Sandrine à Paris", lhistoire dune pick-pocket, jusquau plus récent, "Que personne ne bouge", sur ces cinq filles déguisées en mecs qui braquaient des banques dans le midi. En fait, jaime les gens qui se battent, quelle que soit la guerre. A linstar de la guerre du Vietnam ou de nimporte quel combat, je voulais que ce soit lhistoire dune guerrière ".
Cest une autre guerre quelle mène aujourdhui : la sienne, contre le cancer. Cest ce combat quelle a voulu porter à lécran, sous forme de fiction: "Godard a dit : Le documentaire, cest ce qui arrive aux autres; la fiction, cest ce qui marrive à moi. Cest ce que raconte mon film : comment continuer à vivre quand on est vraiment atteinte dans sa féminité. Je pense que maintenant quil y a beaucoup de femmes cinéastes, les personnages féminins vont changer au cinéma. Moins sexy, dix-huit ans et top model, mais plus complexes, plus fortes.
En dépit de la gravité de son sujet, "Haut les coeurs" est lexact contraire du pathos, et si Solveig ne nous épargne aucune consultation médicale, cest avant tout la prise en compte personnelle de la maladie par son héroïne (éblouissante Karin Viard) qui lintéresse et nous captive : " Je suis effectivement partie de quelque-chose qui mest arrivé, mais je me suis dit quil y avait des milliers de femmes atteintes aussi dun cancer du sein et, comme on ne sait pas grand chose des raisons pour lesquelles certaines lont et dautres pas, jai voulu prendre une certaine distance par rapport à mon histoire, afin que le spectateur puisse sidentifier facilement au personnage, le comprendre et partager sa lutte. Jai beaucoup travaillé lécriture et les dialogues avec Karin, de façon à ce que cette histoire soit universelle. En plus, je crois que cest un des derniers tabous de notre sièclel, cest un sujet dont on ne parle pas à table et jaime bien bousculer les conventions ".
Et ça marche. Car ce qui la le plus touchée, Solveig, cest ce quont dit de son film ceux et celles qui lont vu dans sa tournée province en avant-première. La façon dont ils se sont approprié la souffrance, osant lui confier la leur, parfois pour la première fois de leur vie : "Si ce film peut rendre les gens plus généreux dans le regard quils portent sur les autres, sur la différence, alors jai gagné ! ".
Elle a gagné, Solveig. Son film est une porte ouverte sur lintime partagé.
Propos recueillis par Véronique Blin
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