Cannes 2000 : Monsieur le Président Luc Besson

“ L’essentiel, pour moi, c’est de faire du cinéma ”

Appelé à mener la barque du grand jury cannois, le plus rebelle de nos cinéastes, après y avoir été compétiteur (“Le Grand Bleu”) et participant (“Le Cinquième Elément”), va devoir à son tour choisir. Portrait d’un réalisateur talentueux, dérangeant, controversé, qui draine derrière lui toute la jeunesse de notre pays.

Tantôt prof occasionnel pour lycéens cinéphiles, réalisateur de spots de pub sur Internet, confiant sa copie personnelle de “Jeanne d’Arc, au cinéma indépendant “5 Caumartin” en manque ; publiciste pour Chanel et son “N°5”, en réinterprétant le Petit Chaperon Rouge ; lanceur de défis aux Américains avec “Léon” et “Le Cinquième Elément”, “pour qu’il n’y ait pas qu’eux au box-office des tops ten”… Mais aussi producteur heureux, notamment avec ses deux " Taxi " qui cartonnent, auteur des story-boards de ses œuvres, superbes bouquins de la collection “aventure et découverte d’un film” (*), le réalisateur du " Dernier Combat ", son premier long-métrage, de " Subway ", " Atlantis " ou " Nikita ", a d’abord été le dernier de la classe. Aujourd’hui père de trois enfants, de Juliette avec Anne Parillaud, de Shana avec Maïwen Le Besco et du petit de Milla Jovovich, Luc Besson, qui entraîne à sa suite un fan-club nourri de teen-agers avertis, est à n’en pas douter le cinéaste d’une génération.

Genèse, les pieds dans l’eau

Il voulait être delphinologue. Avec un père professeur de ski nautique et une mère monitrice de plongée sous-marine, tous deux animateurs de Clubs Med, Luc a passé son enfance au bord de l’eau, entre la Yougoslavie, la Grèce et l’Italie : " J’ai plus appris dans l’eau, avec les palmes, que sur les bancs de l’école ". Copain des murènes et des mérous (surtout " Paulus "), des dauphins et de tous les animaux marins, à quatre ans skieur nautique, à sept plongeur émérite, son pays s’appelle Méditerranée. Un accident à dix-sept ans, le nerf optique bloqué par une bulle d’air, le prive à jamais de son sport favori… Qu’à cela ne tienne ! Le garçon a du ressort, il quitte les bancs du lycée de Coulommiers où il est pensionnaire, gagne Paris et se lance dans l’écriture, en rêvant d’Hollywood…

Le cinéma

Comment y est-il entré ? Juché sur l’échelle arrière d’un camion d’FR3 garé le long des studios de Billancourt. Il s’en explique dans la préface de son livre consacré au " Dernier Combat " :" J’ai grimpé sur le toit du véhicule et suis passé comme ça par-dessus le mur ". Une autre fois, glissé dans un groupe de porteurs de caisses ; ou encore, faufilé dans une file d’attente sans savoir où elle menait… C’était un casting de figuration… Il en fit ainsi plusieurs. Puis l’armée, dans les Chasseurs Alpins., où il passe plus de temps à écrire qu’à skier. Naissent là-bas quantité de scénarios de courts-métrages ; l’un d’entre eux se passe au bord de la mer : "Un homme plonge en apnée et croise une sirène. À la fin du script, le plongeur lâche la gueuse et…suit la sirène ! On était en 78, neuf ans avant " Le Grand Bleu "… ". Dès sa sortie de l’armée, Luc veut monter sa propre maison de production : " Un mois plus tard, j’étais officiellement gérant de la société " Les Films du Loup " ; j’avais dix-huit ans ".
Attiré par l’Amérique, il veut voir Hollywood : " J’ai pris un billet " vacances " pour New York, puis le bus vers L.A, pensant qu’il s’agissait d’un trajet de quelques heures. J’ai mis six jours ! ". Il y restera deux mois et demi " Je voulais voir La Mecque du cinéma, véritable lieu du culte ; le voir pour y croire ". Il y fit de nombreux stages, comme assistant homme à tout faire, porteur de bières comme de caméras, avant tout désireux d’apprendre, avant que de faire.

Pierre Jolivet, Jean Bouise et Jean Reno, Eric Serra, sa bande
De retour en France, c’est avec eux que tout a commencé. L’amitié, ferment de toute son entreprise créatrice, est le sceau de ses engagements. Avec Pierre Jolivet et Jean Reno, il se lance, après moult étapes, dans la Réalisation d’un court-métrage de science-fiction, tourné au milieu des Gravats : L’Avant-dernier : " En me baladant un jour boulevard Barbès, Je passe devant un ancien cinéma éventré. On voyait encore la salle, avec ses sièges à cinq mètres de haut !… Je me suis dit qu’il devait y avoir en fait quantité de décors de ce genre dans Paris, des lieux à moitié démolis à l’étrange silhouette écorchée… J’ai songé aux personnes qui nous disaient à Pierre et moi, que nous devrions faire un long-métrage de L’Avant-dernier . Ce chantier m’y fit penser. Le Dernier Combat venait de naître ". Et le succès enfin venir, avec deux Prix à Avoriaz, en 83, sous la houlette de Pakula, ceux du jury et de la critique.

L’Escalade
Puis viendront Subway, en 85, avec Isabelle Adjani et Christophe Lambert, le fameux Grand Bleu - terme générique du monde de la plongée, désignant les trente premiers mètres de descente en apnée - qui défraya la chronique en 88, avec Jean-Marc Barr, Jean Reno et Rosanna Arquette ; la sulfureuse Nikita, avec Anne Parillaud, Jean-Hugues Anglade et Tcheky Karyo, que Besson dédia au plongeur Jacques Mayol en souvenir du Grand Bleu ; un détour par le documentaire avec Atlantis, puis c’est Léon, surnom que lui donnait sa maman quand il était petit et qu’il faisait des bêtises…, avec toujours le fidèle Jean Reno. Enfin le fantastique Cinquième Elément et sa tant désirée Jeanne d’Arc viennent clore un panégyrique consistant. Avec son physique de nounours, nanti d’une énergie de taureau, Luc Besson a annoncé qu’il arrêterait de tourner après son dixième film ; il n’en reste plus qu’un… Souhaitons qu’il ne tienne pas sa promesse et réjouissons-nous d’un éventuel onzième ! Suivi de beaucoup d’autres…

Véronique Blin

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