Isabelle Huppert

Dans le film de Benoît Jacquot, " La fausse suivante " de Marivaux, elle est la Comtesse, amoureuse d'un chevalier travesti. Entretien.

Il ne s'agit nullement ici de théâtre filmé, mais bien de cinéma, où Jacquot s'emparant des fauteuils rouges comme d'une scène, nous offre en gros plans les atermoiements du plus fameux des marivaudages. Face à Sandrine Kiberlain, jeune parisienne déguisée en homme pour mieux connaître son prétendant, Isabelle tombe sous le charme du beau chevalier androgyne : " Je me souviens d'une Comtesse tour à tour légère, joueuse, coquette, j'ai envie de la retrouver un peu douloureuse, meurtrie… ". Avec quelque cinquante-sept films à son actif, cette Parisienne native élevée à Ville d'Avray est particulièrement prolixe cette année : du très récent "La vie moderne" de Laurence Ferreira Barbosa au prochain "Saint-Cyr" de Patricia Mazuy où elle sera Madame de Maintenon ; de " Fils de deux mères " de Raul Ruiz, dont le tournage s'est achevé en janvier aux " Destinées sentimentales " d'Olivier Assayas à venir, elle enchaîne film sur film avec une constance magnifique.
De Chabrol, dont elle est l'égérie depuis " Violette Nozière " qui lui valut le Prix d'Interprétation à Cannes et avec lequel elle s'apprête à retourner, elle dit : " Il est le contraire même du manichéisme, ses personnages sont toujours à cheval entre ce que l'on montre et ce que l'on cache. La face cachée et la face offerte. Chabrol joue constamment sur ce paradoxe-là et c'est ce qui me fascine chez lui. Le dit et le non dit, tous les rôles qu'il crée sont au cœur de cette problématique : des personnages qui se montrent en même temps qu'ils se replient sur un mystère ".
En dépit d'une carrière essentiellement française, voire européenne, Isabelle Huppert a fait et fait toujours des escapades américaines : " En Europe, j'ai tendance à décliner ma face la plus sombre, la plus nocturne. Là-bas, c'est mon côté diurne qui prend le dessus ! ". On se souvient notamment de l'extraordinaire " Porte du Paradis " (Heaven's Gate) de Michael Cimino, où elle campait une tenancière de bordel : " Je me suis retrouvée pendant six mois dans un ranch du Montana, comme dans un camp de vacances, au milieu des chevaux. Le vrai Far-West ! "
Mais Isabelle ne se contente pas du seul cinéma ! Côté théâtre, où l’on ne l'a plus vue en France depuis " Orlando ", elle prendra d'assaut la Cour d'Honneur du Palais des Papes cet été en Avignon, pour interpréter " Médée ". Qui dit mieux ?

Véronique Blin

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