COUP DE CHAPEAU A AGNES JAOUI
Son premier film de réalisatrice, Le goût des autres, a bien le sien. Portrait brossé d'une femme multiple
Le goût des autres, c'est l'histoire d'un chef d'entreprise qui tombe amoureux d'une actrice, laquelle est copine avec une serveuse, qui tombe amoureuse du chauffeur dudit, lequel travaille avec le chauffeur du monsieur, de sa femme et de son chien
Mais qui est donc cette belle femme brune qui se plante aujourd'hui derrière la caméra et brûle ses ailes à tous les feux : ceux de l'écriture, de la rampe et de l'écran ?
Enfance très psy
Petite, déjà, Agnès Jaoui se passionna pour la psychanalyse. Avec une maman psy qu'elle accompagnait souvent dans les congrès, pas étonnant !
Autre passion enfantine, les chansons militaires. A treize ans, s'étant cassé la jambe, elle pleurait en écoutant les disques de la Libération, surtout C'est une fleur de Paris et La Marche de la deuxième DB.
La rencontre
C'est sur les planches que, plus tard, elle rencontre Jean-Pierre Bacri, en jouant L'Anniversaire d'Harold Pinter, mis en scène par Jean-Michel Ribes. Ils ne se quitteront plus et écriront ensemble. A tel point imbriqués qu'ensuite, ils ne se souviennent plus qui a écrit quoi, de l'un ou de l'autre
Lui n'aime pas qu'on lui rabâche son enfance pied-noir, ni qu'on le traite de bougon; elle déteste les préjugés, ils sont faits pour s'entendre.
Actrice d'abord
Ecrivaine à quatre mains, donc, Agnès se veut avant tout actrice : J'aime jouer, dit-elle, je ne peux pas m'en passer.Qu'elle soit flirtant avec la dépression nerveuse dans On connaît la chanson d'Alain Resnais, (avouant avoir connu la spasmophilie pour de vrai), épouse délaissée et alcoolique d'Alain Chabat, dans Le Cousin d'Alain Corneau ou infirmière mère de trois enfants quittant son mari après constat d'adultère, pour changer de vie dans Une femme d'extérieur de Christophe Blanc, sa passion de jouer prend toujours le dessus et l'on ne compte plus les Molière ou Césars qui jallonnent son parcours.
Après le triomphe au théâtre de Cuisine et dépendances, suivi par le double succès de Un air de famille sur les planches et à l'écran, Agnès est partout !
Et cultivée avec ça !
D'elle, on peut dire qu'elle n'aime pas être traitée d'intello, mais a tout de même fait hypokhagne à Henri IV ! Elle déteste par-dessus tout les clichés et les idées reçues. Jouer ? Elle adore ça ! Du reste, associant son complice à ses dires, elle précise : Nous ne sommes décidément pas des auteurs, mais des acteurs qui écrivent !.
Véronique Blin