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SUR LES ROUTES DE KIAROSTAMI


Turin, 18 septembre – 12 octobre 03


A l’initiative d’Alberto Barbera et Elisa Resegotti, maîtres d’œuvre du projet, le Musée National du Cinéma, la Fondation Sandretto Re Rebaudengo, l’Ecole Holden, la ville de Turin et la région piémontaise organisent un remarquable pèlerinage à travers l’œuvre du grand cinéaste iranien, Abbas Kiarostami.

Abbas Kiarostami et Véronique Blin

Du cinéma à la photographie, de la vidéo à la poésie, de l’artisanat à la technologie la plus avancée, l’itinéraire de ce jeune sexagénaire natif de Téhéran en 40 est des plus passionnants. D’abord graphiste, peintre et illustrateur de livres, il entame sa carrière cinématographique comme beaucoup, par des films publicitaires. De son premier court-métrage en 70, «The Bread and Alley», à sa Palme d’Or cannoise en 97 pour «Le goût de la Cerise», il ne cesse de nous surprendre et de nous régaler avec sa caméra suggestive magnifique, qui nous parle de son pays, l’Iran, et nous le montre encore et toujours dans ses deux plus récents films, «Le vent nous emportera» et «Ten».
Egalement passionné par la photo depuis 79, elle prend de plus en plus de place dans son œuvre, jusqu’à devenir l’un de ses modes d’expression artistique favoris, à part entière.
C’est au poète enfin, que l’on doit deux recueils étonnants, «Walking with the wind» et «A wolf on the Lurk», sans compter ses débuts de metteur en scène de théâtre cette année à Rome avec «Ta’ziyé», dont il assure également la scénographie. Un parcours complet, en somme !
A Turin, il est en ce moment et jusqu’au 12 octobre l’invité d’honneur de plusieurs manifestations :
Tout d’abord l’exposition, à la Fondation Sandretto Re Rebaudengo, de 92 de ses clichés, dont 40 gigantesques et 52 plus petits, tous en noir et blanc, dans la neige, sur le thème de la route ou du sentier.
Un cheval se frayant péniblement son chemin vers un bouquet d’arbres ; deux hommes emmitouflés au sommet d’une colline ; une quantité de routes et sentes vides de toute vie apparente, serpentant dans des paysages désolés, glacés, sous un ciel souvent menaçant, saisis dans un éblouissant contraste de lumière vive et d’ombres crues. Une splendeur.
A laquelle il faut adjoindre deux installations vidéo au sol, étonnantes et cocasses sur le thème du sommeil : «Les Dormeurs», 90 minutes de surveillance attendrie d’un couple endormi dans un grand lit douillet d’un blanc immaculé, bruits de draps froissés, d’oreillers enfoncés, et «Plus vieux de dix minutes», sur le réveil progressif d’un bébé de quelques mois, jusqu’au chagrin sonore d’avoir quitté ses rêves…
La rétrospective complète de ses films, ensuite, au Musée National du Cinéma, salle Massimo. Soit 30 courts ou longs-métrages projetés en VO sous-titrée en italien et anglais, parmi lesquels certains n’étaient encore jamais sortis d’Iran.
Enfin, dix jours d’atelier à la Scola Holden, réservés à vingt-cinq jeunes réalisateurs ou vidéastes sélectionnés par un concours national. Dans la section mise en scène, des courts-métrages seront réalisés par les élèves, en caméra digitale. Nous avons assisté à la toute première de ces «leçons de cinéma» du maître Kiarostami en «résidence» à Turin. Passionnante et vive, elle a donné lieu à de nombreux échanges contrastés entre lui et ses auditeurs attentifs, auxquels il a rappelé, en répondant à leurs questions, quelques-uns des fondements de son travail : «Tous les films sont politiques ; pas forcément propagandistes, mais politiques. Tous les problèmes humains ont une origine politique». Ou encore «Nul besoin d’argent ou de matériel sophistiqué quand on a vraiment envie de faire du cinéma : une bonne idée et une petite caméra suffisent». (…) «On doit se servir de la technique, non la subir. C’est un outil, il faut qu’elle le reste !». Et surtout «Devant ou derrière la caméra, la spontanéité doit être la même, pour que le cinéma reste un mode d’expression unique. Si je devais «expliquer» ce que je fais, je ne filmerais pas».
Un livre sort, aux éditions Electa, «Kiarostami», avec bon nombre des photos exposées, entrecroisées de textes de l'auteur, d'Alain Bergala, Jean-Michel Frodon ou Marin Karmitz

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De nombreux cinéastes considèrent le travail de Kiarostami comme fondamental. Livrons en conclusion quelques-unes de leurs réflexions : «Il y a toujours de bons films, même s’ils sont rares, mais il y a deux cinéastes que je persiste à aimer autant l’un que l’autre : Griffith et Kiarostami», dit Goddard. Kurozawa s’interroge : «Je me suis souvent demandé pourquoi des pays riches à la cinématographie exemplaire assise sur une tradition très forte produisaient tant de mauvais films, quand de toutes jeunes industries en créaient de si magnifiques. Après avoir vu ceux de Kiarostami, je me repose vraiment la question…». Quant à notre cher et national Piccoli, laissons lui le mot de la fin : «Dans la vie, il y a des «révélations» ; le cinéma de Kiarostami en est une». Je confirme.

Véronique Blin

Allez visiter dans notre galerie quelques unes des plus belles photographies de Kiarostami