ANDROMAQUE, De Jean Racine
Mise en Scène : Jean-Louis Martinelli
Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso 92022-Nanterre. Tél : 01 46 14 70 00. www.nanterre-amandiers.com. Jusquau 6 avril ; du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. Durée du spectacle : 2h
Règle de Troie
et de trois, qui en font cinq : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, veuve du héros troyen Hector, quelle aime toujours. La «Guerre de Troie» aura bien lieu, ici même, sous nos yeux, entre ces cinq protagonistes dont lun, Hector, a lexcuse suprême dêtre déjà mort
Mais son épouse Andromaque (Sylvie Milhaud) lui voue une fidélité indéfectible, fût-ce au prix dun semblant de mariage avec Pyrrhus (formidable Laurent Grevill), pour sauver son fils Astyanax. Bain de sang, bain de boue, joutes damour et de pouvoir. Nul ne sortira indemne de cette tragédie, sauf elle, peut-être, cette Andromaque qui sort grandie de la bataille, son fils à ses côtés.
Imaginez une grève, une plage séparant un palais de la mer et du ciel. Jean-Louis Martinelli, qui monta déjà Phèdre en 97 au Théâtre National de Strasbourg (TNS) quil dirigeait alors, a choisi pour sa mise en scène le parti pris minimaliste qui consiste à se priver de tout décor «visible», hormis trois ouvertures dun côté, figurant la demeure royale et un vaste écran de lautre, aux teintes changeantes, avec en fond sonore le bruit des vagues et le cri des oiseaux. Fort bien lui en prit, car il nous offre ainsi toute lampleur de la tragédie racinienne, brutale et nue. Situé de part et dautre de cette plage rougie de sang en terre battue, le public est le témoin de ces traversées du désert, de ces quêtes diverses, toutes effrénées. Oreste qui devient fou (superbe Alain Fromager), arrachant ses vêtements, se roulant nu sur le sable sombre, ivre de douleur; Hermione s'immolant sur le cadavre de son amour (étonnante Agathe Rouiller) ; un petit garçon claudiquant en armure qui ouvre ce bal funèbre. Autant dimages qui vous secouent ; autant déchos qui résonnent dans votre tête et votre cur, pour longtemps.
Véronique Blin
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