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Actualité Théâtrale

LES BARBARES, de Maxime Gorki.
Mise en Scène : Patrick Pineau
Dramaturgie : Eugène Durif
Odéon – Théâtre de l’Europe, aux Ateliers Berthier, 8 boulevard Berthier 75017 – Paris. Réservations : 01 44 85 40 40. Jusqu’au 29 mars, du mardi au samedi à 20h ; dimanche à 15h. Durée du spectacle 2h15 sans entracte

Verkhopolié, petite ville de province russe, loin de Moscou, où il ne se passe pas grand chose, sinon rien… Jusqu’à l’arrivée de cette équipe d’ingénieurs, mandatés par le pouvoir central, pour désenclaver la ville en créant une ligne de chemin de fer. Lesquels vont quelque peu secouer l’inertie. Qui sont les vrais barbares de l’histoire ? Ces étrangers venus d’ailleurs, ou bien ces autochtones repliés sur eux-mêmes ? Ou bien encore tous, à leur manière, pourquoi pas ?
Telle est la question à laquelle ne répond pas Gorki, mais l’auteur en profite pour analyser, disséquer, scruter les comportements humains des uns et des autres jusqu’au plus intime, au plus infime. Vingt-deux comédiens, tous excellents, se donnent la réplique de son propos. C’est bien la première fois de ma vie de critique que je vois une aussi ample distribution à ce point également parfaite : de la presque omniprésence de l’ingénieur Tcherkoun (Eric Elmosnino), à celle, beaucoup plus fugitive et fugace et pourtant ô combien fulgurante, de sa jeune bonne Stiopa (Leïla Férault), en passant par la grande propriétaire Tatiana (Annie Perret) ou l’épouse de Monakhov, Nadejda (Irina Dalle), tous nous régalent de justesse de ton, de perfection du jeu, de conviction du rôle qu’ils interprètent. Une merveille.
Le jeune metteur en scène Patrick Pineau trace les lignes de ce duel improbable entre deux «communautés d’intérêts opposés», avec un culot magnifique. Ligne de couleurs, d’abord : fluo. Du sol vert gazon au ciel tantôt rose fushia, tantôt jaune soleil, tout n’est qu’incandescence, en contraste avec la morosité ambiante. Du coup, tout s’anime, s’éclaire, s’embrase. Ligne de fuite ensuite : tout peut arriver derrière cette passerelle métallique savamment découpée, comme suspendue dans le vide. L’interprétation est libre ; aucune obligation dans l’offre. Ligne de texte, enfin : Pineau la sculpte, la dessine avec l’un de ces pinceaux chinois à un poil . De la dentelle. Eblouissante. Qui nous entraîne dans son tourbillon étourdissant. Un superbe spectacle.

Véronique Blin

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