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Une contrée sauvage appelée courage

De et par Pol Pelletier

Fulgurance et mendicité

Étonnant personnage que cette Ramie (acronyme pour Royale, Artiste, Mendiante, Itinérante, Extatique), personnage créé par la comédienne québécoise Pol Pelletier dans Une contrée sauvage appelée courage, présenté le 22 mars 2007 au Centre Culturel Canadien à Paris. Tour à tour puissante et ludique, intime et fulgurante, l'auteure, metteure en scène et pédagogue venue d'outre-Atlantique chante, danse, mendie et récite des textes oubliés du Québec, faisant preuve d'un travail physique de virtuose.

«Une contrée sauvage appelée courage» clame la comédienne sur scène, «est une œuvre-fleuve qui charrie de vastes rivières, affluents, confluents, qui roulent et déboulent. Vous avez entendu une première rivière, affluent du Québec. Voulez-vous de l'eau ? D'autres affluents bouillonnent à l'intérieur de moi…. » Le chapeau se tend, les paniers circulent comme dans une messe. Le public parisien, charmé, vide ses poches avec enthousiasme. Un premier affluent du Québec, magistral, Les Vaches de nuit de Jovette Marchessault, l'avait déjà fait tomber de sa chaise. En bonne mendiante, Ramie compte l'argent pour juger du désir du public, avant d'enchaîner avec Élégie au génocide du nasopode, un splendide texte de l'auteur québécois Michel Garneau, qui raconte la mort de la nature. «Une des caractéristiques des textes de Jovette Marchesault et de Michel Garneau» explique Pol Pelletier en entrevue «c'est que ce sont des explosions de bêtes. Ce sont des choses qu'on ne trouve pas en France. Les vaches de nuit est l'un des textes les plus visionnaires que je connaisse. Comment cette femme, pauvre ouvrière presque toute sa vie, a-t-elle pu imaginer cette histoire de vache qui gambade dans le ciel et qu'ainsi elle raconte l'histoire des femmes… Qu'une femme issue d'un milieu aussi dépourvu de culture ait pu écrire une œuvre aussi opulente, c'est plus qu'inspiré, cela, c'est visionnaire. »

Le personnage de Ramie se veut d'une folle liberté. Sa phénoménale mémoire récolte des trésors souvent oubliés, méprisés, relégués aux oubliettes, ce qui est le cas de certains textes du Québec, surtout ceux écrits par des femmes. Des choses que Pol Pelletier aime passionnément, certaines plus anciennes et d'autres récemment découvertes. Des choses qu'elle-même souhaite écrire. «Je pense que le fil conducteur [du spectacle] est l'héroïsme. C'est pour cela que c'est une contrée sauvage appelée courage. Je pense qu'aujourd'hui on n'a pas besoin d'artistes on a besoin d'héroïsme. L'acte artistique véritable est un acte héroïque. C'est un acte qui transgresse quelque chose à l'intérieur de soi. »

La trajectoire de l'artiste itinérante n'est pas fixe, elle se crée au gré des appuis, de plus en plus nombreux en France. Témoin, Gérald Châtelain, directeur du Théâtre des Sources situé en banlieue parisienne. « Des actrices qui jouent comme Pol Pelletier, il n'y en a pas en France. Cela n'existe pas. Ici nous avons un théâtre plutôt "propre". Propre dans le sens de lisse. Alors que Pol, c'est l'explosion, la vie même. »

Le spectacle, adaptable selon les lieux petits ou grands, peut se faire en quarante-cinq minutes ou en deux heures, au gré des affluents. Textes du Québec pour le moment, mais qui viendront aussi d'ailleurs, de la Bretagne, entre autres, qui continue d'inspirer la comédienne. « J'ai un contact très fort avec la Bretagne et avec Paris. Je me sens tellement bien ici ! »

Bienvenue en France, Ramie, puissiez-vous jouir parmi nous d'une longue vie !

Anne Christine Loranger