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Une grêle de succès
Avec plus de 10.000 spectateurs cette année, la quatorzième édition du désormais incontournable rendez-vous strasbourgeois de la marionnette a battu tous les records de fréquentation.
Plus de trente spectacles, cabarets, rencontres et colloques ont animé cette quinzaine riche en échanges de toutes sortes entre les créateurs, animateurs et acteurs de cette branche si particulière du théâtre vivant, conférant un nouvel élan au sens de la réprésentation : du théâtre de fils à celui d’objets, du mime à la parodie, du rire le plus éclatant à l’émotion la plus profonde, autant de moments partagés dans l’enthousiasme général.
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Arrêtons-nous un instant sur quatre d’entre eux : ouverture en fanfare, tout d’abord, avec « Les Pantagruéliques, Aventures Rabelaisiennes », par la Compagnie Flash marionnettes. La conviction de son directeur et metteur en scène, Ismaïl Safwan, celle de Patrick Chevalier et de Brice Berthoud pour le jeu, n’eurent d’égale que la perfection de réalisation des personnages ou objets qui firent vivre sous nos yeux passionnés les aventures rocambolesques de cette joyeuse bande de compères gourmands. Marionnettes géantes (impressionnant Gargantua), ou minuscules (l’armée picrocholine, les moutons de Panurge…), autant de belles surprises réservées par cette Compagnie, que nous retrouverons en tournée à la fin de cette année et en 2004. Tous à vos agendas !
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Poursuivons notre route en faisant une pause dans cette « Hazardous area, six facettes », nouvelle expérimentation de la zone à risques que constitue un plateau de théâtre par les duettistes complices François Smol et roland Shön. Affublés de leur seul nez rouge pour matérialiser le clown, ils convient cette fois-ci les spectateurs à un jeu de dé hasardeux : à eux de choisir, en tirant l’une des six faces, l’orientation du spectacle. Il ne sera jamais semblable d’un soir à l’autre !
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Un peu plus tard, répondons à l’invitation de Pierre Meunier et sa Compagnie la belle meunière, qui nous entraîne, avec son complice Jean-Louis Coulloc’h, à examiner « Le Tas », dans une rêverie métaphysique et poétique autour de la matière, en l’ocurrence la pierre, dans tous ses états : énormes blocs suspendus dans l’espace, au creux d’une bâche de plastique transparent où ils s’accumulent ; simples cailloux d’usine, crachés d’une machine faite pour ça ; éclats de granit échappés d’une sculpture que l’on tente de casser, en proie à la colère ; plaques métalliques secouées par des pierres qui s’y fracassent, déclenchant un bruit de tonnerre ; ou bien, à l’inverse, douce colline, petite dune de sable blanc qui glisse entre les doigts comme la plus fine des farines, autant d’images fortes et magnifiques sur la confrontation de l’homme avec la matière. Un spectacle superbe.
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Gardons le meilleur pour la fin ; en tout cas, notre coup de foudre absolu , doublé d’une découverte qui, on y compte, va faire parler d’elle dans peu de temps : une jeune inconnue du nom de Jeanne Mordoj se jette, avec la Compagnie BAL, dans le périlleux bassin du spectacle solo et cela donne une merveille : « 3 P’tits sous, solos de femmes ». Avec l’assistance, pour la mise en scène et la chorégraphie, de Jérôme Thomas et Vincent Lorimy, cette ancienne élève de l’Ecole Nationale du Cirque, aux expériences diverses mais un peu rebelle à tout, saute sans filet dans ce que l’on sent très vite, après seulement quelques minutes qui vous tiennent déjà en haleine, tous les sens alertés, être vital pour elle : l’occupation de la scène. Dans tous les sens du terme. Il faut la voir se mettre en cinq pour dresser ces cinq portraits de femmes. On sait très vite que cette fille sait tout faire. On le devine, on le ressent et ce qui est sublime, c’est qu’elle n’en abuse pas, bien au contraire : avec une légèreté d’oiseau, elle laisse entendre doucement qu’elle est équilibriste, contorsioniste, clown, ventriloque, poètesse, strip-teaseuse, mime, tour à tour comique et tragique. Elle n’est rien de tout cela et tout cela à la fois. La force de son spectacle réside dans cette capacité rarissime et spendide : la suggestion. La nôtre est de vous enjoindre à vous précipiter, où qu’elle se trouve. Une étoile est née.
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Cest décidé : finie la Biennale, les Giboulées serons désormais annuelles ! Vivement mars 2004 et ses jolis nouveaux grêlons !
Véronique Blin