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Collaboration artistique : François-Xavier Letournelle, plasticien et Pascal Adam, regard extérieur
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Comment faire coexister le soliloque d’un homme penché sur lui-même, absent du monde, tentant de retenir un inconnu et invisible interlocuteur par tous les mots dont il dispose, avec sa diffusion simultanée et planétaire ? Par le biais d’Internet.
Certes, l’auteur Bernard-Marie Koltès n’a ni connu, ni pratiqué ce nouveau média, symbole suprême d’un « élargissement » mondial en matière de communication, au moment où il écrivit cette toute première pièce, créée au Festival Off d’Avignon en 1977. L’eut-il connu, sans doute se serait-il précipité dessus, lui qui n’a cessé, durant toute sa trop courte vie, d’exposer ses personnages, infiniment solitaires, aux regards multiples d’anonymes de passage.
Qu’en pense Benjamin Duval, qui utilise précisément cet outil médiatique comme support de base de sa mise en scène et de son interprétation ? « Ce qui me paraît primordial dans ce texte de Koltès », nous dit-il, « est le fait que le personnage est dans un lieu public. Peu importe lequel, un coin de rue, un jardin de ville, on ne sait pas. Tout ce que l’on sait est que cet homme est seul à en mourir, sous le regard d’une foule. Aujourd’hui, des millions de gens se connectent chaque jour sur Internet. Je pense que, loin d’être paradoxal par rapport à l’écriture de Koltès, ce moyen en décuple l’effet ».
Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’elle fut jouée pour la première fois en 77 à Avignon, par Yves Ferry, l’espace était plus que restreint : petite salle, éclairage réduit, spectateurs tout proches, espace étroit tenant davantage du café du coin que d’un théâtre.
« Cette notion d’un théâtre trop étroit pour ce qu’il porte, se retrouve dans les écrits mêmes de Koltès », indique Benjamin Duval : « personnages en grande partie secrets, lieux non situés ou démesurément vastes, découpage spatio-temporel à priori irréalisable sur scène. On peut imaginer le trouble que suscitait la représentation. A qui parle ce personnage ? Parle-t-il tout seul ? A un interlocuteur imaginaire ? Suis-je cet interlocuteur imaginaire ? Le sommes-nous tous ici présents ? Ai-je envie de l’écouter ? De supporter ce cri ? Est-ce le théâtre qui est trop petit ou bien la vie que tente de lui insuffler l’auteur qui se révèle trop vaste ?».
A cette question, Duval répond en allant encore plus loin avec Internet : le personnage solitaire s’adresse directement à la webcam de son ordinateur, dans un endroit anonyme et secret, sans qu’à aucun moment les internautes connectés ne sachent où il se trouve, physiquement. Histoire d’ajouter le trouble au trouble ?
« En choisissant l’utilisation d’Internet comme clé de voûte de mon travail, la mise en scène s’appuie sur deux points fondamentaux réclamés par le texte : immédiateté et globalité. Immédiateté, parce-qu’en se confiant à une webcam, le personnage retransmet la performance en direct sur Internet. Son interlocuteur supposé est peut-être en ce moment même parmi les internautes spectateurs, derrière son écran, peut-être est-ce moi, peut-être nous tous… Globalité, parce-que cet homme se débat sur le média le plus utilisé au monde et pourtant il reste seul. Seul sous les yeux du monde. Seul au monde ».
Véronique Blin pour le numéro 29 des Cahiers de l'Orcca