InterCineTh/ Théâtre
Accueil
Interviews
Portraits
Galerie
Théâtre
Cinéma
Festivals

LE VIEUX QUI LISAIT DES ROMANS D’AMOUR

D’après le roman de Luis Sepulveda

Adaptation et Mise en Scène : Patrick Chevalier

Conseiller artistique, musique originale : Ismaïl Safwan

Création de la Compagnie de l’Ange d’Or

Avec Paco Portero (le vieux) et Patrick Chevalier (le dentiste)

 

Théâtre le Lucernaire

53, rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20h, jusqu’au 13 juin 09

Réservations : 01 45 44 57 34

 

Deux hommes et un jaguar

 

A l’instar du parti pris qui l’avait guidé  l’année dernière pour son adaptation  du roman de Steinbeck Des souris et des hommes, Patrick Chevalier a choisi de « réduire » à deux personnages le nombre de ceux qui habitent le premier roman éponyme du chilien Luis Sepulveda.  Afin de mettre mieux en lumière le thème central de l’auteur, selon le directeur de la Compagnie de l’Ange d’Or : « son attachement farouche  à la diversité botanique, zoologique  et humaine de notre planète ».

 

de g. à dr. : Paco Portero et Patrick Chevalier

Roman écologique  évoquant la vie des indiens Shuars dans la forêt amazonienne, entre Equateur et Pérou, Le vieux qui lisait des romans d’amour  est aussi le récit d’un refus : celui d’Antonio José Bolivar Proano, dit « le vieux » (Paco Portero), vivant comme un reclus au cœur de la jungle,  de voir envahir son univers  par la bêtise des hommes, sous les coups des bulldozers  de la déforestation  anarchique, comme sous ceux de leur incapacité à distinguer  la dangerosité potentielle  d’une femelle jaguar de son simple  instinct de survie et de protection de ses petits…  Cette femelle, Antonio la connaît bien : il a vécu longtemps auprès de Shuars, ancestraux habitants des lieux, qui lui ont appris le respect de l’environnement, sous toutes ses formes.

Seul contact d’Antonio avec le monde dit « civilisé » : les visites  de son ami dentiste (Patrick Chevalier),  qui vient régulièrement, au gré du passage du bateau local, lui soigner sa devanture et lui apporter vivres, boissons  et, surtout… des livres ! Ceux dont il est le plus friand ? Les romans d’amour ! Décryptant à la loupe  les jolis  textes, le vieil homme se régale des nuits entières, à la faible lueur de sa lampe à pétrole, de ces récits merveilleux  qu’il croit impossibles : « Il lui darde un baiser ardent ? Mais qu’est-ce qu’un baiser ardent ? Ca n’existe pas ! ».

 

Paco Portero

Réduire l’immensité de la forêt amazonienne  à la taille d’une scène de théâtre est certes une gageure. Il en faut plus pour détourner Patrick Chevalier  d’une entreprise, quelle qu’elle soit, qui lui tient à cœur ! S’attachant davantage à la réalité des sentiments qu’à celle de la géographie,  il restitue à merveille  les colères et les joies de cet homme apparemment coupé de tout, vivant tel un ermite dans une cabane minimale, mais en harmonie visible avec le monde qui l’entoure. Le rôle du dentiste, qu’il endosse, faisant de lui tout à la fois le découvreur et le témoin de l’histoire,  est un peu celui des spectateurs que nous sommes : ceux qui ne « savent » pas, mais ne demandent qu’à apprendre.

Quant à Paco Portero, si son physique  latino-américain  apporte un crédit indéniable  à l’intrigue,  son talent fait le reste : il nous convie  adroitement à partager son intimité, ses questionnements comme ses certitudes.

 

Paco Portero

Dominant coups de tonnerre et trombes d’eau, entre torrents de boue et vrombissements hélas familiers des machines agricoles  qui éradiquent la végétation alentour, on perçoit,  non loin de là, à intervalles réguliers, le rugissement d’un félin… L'ombre de sa silhouette se dessine même parfois, dans la lumière crue des phares des engins, ou bien celle d'un éclair déchirant le ciel.

 Un jour, bientôt sans doute, il faudra abattre cette femelle jaguar, qui hurle son désespoir  d’avoir perdu son mâle et ses petits, devenant de ce fait dangereuse pour les hommes. Antonio est le seul à pouvoir mettre un terme à cette menace… Mais au prix de quel  tourment, de quel renoncement ? En reniant de la sorte tout son apprentissage,  donnant ainsi raison aux démolisseurs de nature, l’homme de la forêt ne risque-t-il pas d’y laisser  son âme ?

Photos Raoul Gilibert
 Véronique Blin